Douala. Derrière les imposants hangars flambant neufs qui bordent les quais du Port de Douala-Bonabéri se cache une transformation plus profonde qu’une simple rénovation immobilière. Depuis 2017, l’entreprise publique a engagé une vaste opération de normalisation de ses infrastructures et de ses modes de gestion, avec une ambition clairement affichée : renforcer la compétitivité de la principale porte d’entrée maritime du Cameroun.
Cette dynamique s’inscrit dans la vision présentée dès le 6 octobre 2011 par le président Paul Biya. En campagne à Douala, le chef de l’État avait fait de la réhabilitation des infrastructures portuaires une priorité, évoquant notamment le balisage, les ouvrages d’acconage et les terre-pleins du Port autonome de Douala.
À son arrivée à la tête de l’entreprise, le directeur général Cyrus Ngo’o fait de plusieurs dossiers des priorités stratégiques : la modernisation des magasins cales (CAL), la réhabilitation des silos de stockage et l’amélioration du terminal à conteneurs. L’objectif dépasse la simple remise en état des infrastructures. Il s’agit également de restaurer une gouvernance conforme aux standards modernes du secteur portuaire.
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Construites dans les années 1950, les anciennes installations, alors exploitées par le Groupement patronal des acconiers du Cameroun, affichaient des signes avancés de vétusté : murs fissurés, charpentes corrodées, infiltrations d’eau, affaissement des sols et dispositifs d’évacuation des eaux dégradés. Des conditions qui exposaient aussi bien les travailleurs que les marchandises à des risques permanents.
Pour répondre à ces défis, le PAD a opté pour un partenariat public-privé avec l’entreprise turque Erdem. Dix magasins CAL ont ainsi été entièrement reconstruits, représentant une capacité d’entreposage de plus de 40 250 m² dédiée aux marchandises en vrac.
Les nouveaux bâtiments offrent des standards nettement supérieurs. Équipés de bureaux, de sanitaires modernes et de panneaux sandwich isolants et ignifuges, ils améliorent à la fois la sécurité des biens, les conditions de conservation des marchandises et le confort des exploitants. Chaque entrepôt couvre près de 5 000 m², avec une hauteur exploitable de dix mètres et une capacité de superposition pouvant atteindre 14 tonnes par mètre carré.
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Depuis février 2023, la Société de Gestion des Magasins Portuaires (SGMP) assure le recouvrement des redevances locatives de ces infrastructures, dans le cadre d’une nouvelle organisation destinée à optimiser leur exploitation.
Au-delà des investissements matériels, la réforme concerne également l’organisation du travail portuaire. Le PAD affirme avoir rétabli une gestion plus équitable des espaces d’exploitation, désormais administrés directement par l’entreprise portuaire, avec une facturation transparente aux sociétés d’acconage. Dans le même mouvement, un bureau unique de la main-d’œuvre des dockers, constitué sous la forme d’un groupement d’intérêt économique, a été créé afin d’harmoniser les pratiques avec celles observées dans plusieurs grands ports africains et internationaux.
Selon le Port autonome de Douala, cette réorganisation favorise une meilleure répartition des espaces, renforce le respect des obligations sociales et garantit une concurrence plus équilibrée entre les opérateurs.
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Sur le terrain, les premiers bénéficiaires reconnaissent une amélioration notable des conditions de sécurité. « Le travailleur peut quitter le port tard dans la nuit sans accident ni incident », témoigne Chedjel Ferdinand Marcel, délégué du personnel du CDS. Il nuance toutefois ce bilan en rappelant que certaines préoccupations sociales demeurent, notamment autour de l’application de la convention collective.
Pour le Port autonome de Douala, cette première phase de modernisation constitue le socle d’une transformation plus large. En dix ans de réformes, l’entreprise entend démontrer que la rénovation des infrastructures, conjuguée à une refonte de la gouvernance et de l’organisation des activités portuaires, participe à la construction d’une plateforme logistique plus performante et plus attractive pour les opérateurs économiques nationaux et internationaux.
Fabrice Tatisson




