Patrice Melom, Directeur Général du Port Autonome de Kribi (PAK).
À Kribi, sur la façade maritime du sud du Cameroun, les bulldozers et les projets d’aménagement continuent de redessiner progressivement le visage du principal hub industrialo-portuaire du pays. Le 7 mai 2026, le Port autonome de Kribi (PAK) a officiellement lancé un appel d’offres national pour la viabilisation de 20 hectares supplémentaires dans son domaine portuaire de Mboro, marquant une nouvelle étape dans la stratégie d’expansion industrielle du complexe portuaire.
Estimé à près de 3,5 milliards de FCFA et financé sur le budget triennal 2026-2028 du PAK, le projet prévoit la réalisation d’importants travaux d’infrastructures destinés à améliorer l’attractivité de la zone. Selon le cahier des charges publié par l’entreprise portuaire, les travaux incluent notamment l’installation d’un réseau électrique aérien de 30 KV avec poste transformateur, l’alimentation souterraine en énergie, l’adduction en eau potable ainsi que le déploiement d’infrastructures numériques intégrant fibre optique, liaisons radio et systèmes de télécommunications sécurisés.
Le projet comprend également la construction de voiries, de trottoirs, de systèmes de drainage des eaux pluviales, de traitement des eaux usées ainsi que l’installation de lampadaires solaires autonomes. L’objectif est de transformer cette portion du domaine portuaire en un espace immédiatement exploitable par des entreprises industrielles, logistiques et de services souhaitant s’implanter dans la zone de Kribi.
Derrière cette opération, les autorités portuaires cherchent surtout à répondre à une pression croissante des investisseurs. Malgré une importante réserve foncière évaluée à environ 15 000 hectares répartis entre zones industrielles lourdes, légères et espaces de services, le PAK demeure confronté à des contraintes d’aménagement qui limitent encore sa pleine capacité d’accueil. À ce jour, seuls 196 hectares seraient effectivement exploités, soit moins de 2 % du potentiel disponible. Sources : Port autonome de Kribi, Agence de régulation des marchés publics.
Cette situation crée un véritable goulot d’étranglement pour de nombreux opérateurs économiques intéressés par le port en eau profonde. Selon les chiffres communiqués par l’ARMP, près de 150 demandes d’installation ont déjà été enregistrées, mais seulement 48 Autorisations d’Occupation Temporaire ont pu être délivrées jusqu’ici faute d’espaces viabilisés suffisants.
La viabilisation des 20 hectares de Mboro intervient surtout dans le prolongement du vaste projet de Kribi Port Industrial Zone (KPIZ), officiellement lancé le 26 février 2026 à Yaoundé. Ce programme structurant prévoit l’aménagement de 4 000 hectares de terrains industriels intégrés au domaine portuaire afin de créer l’un des plus importants pôles industriels d’Afrique centrale.
Le consortium chargé du développement du projet réunit plusieurs acteurs majeurs de la logistique et de l’industrie, notamment Africa Global Logistics, Arise Integrated Industrial Platforms et Belmont Investments aux côtés du Port autonome de Kribi. L’investissement global du projet est estimé à près de 795 millions d’euros, soit plus de 520 milliards de FCFA. La Banque africaine de développement prévoit pour sa part un appui financier de 411 millions d’euros, complété par des financements privés estimés à 384 millions d’euros.
Dans un contexte où plusieurs pays africains cherchent à développer des corridors industriels intégrés autour de leurs infrastructures portuaires, le Cameroun mise sur Kribi pour devenir une plateforme régionale capable d’attirer industries minières, métallurgiques, agroalimentaires et logistiques. Grâce à son port en eau profonde capable d’accueillir des navires de grande capacité, Kribi apparaît désormais comme l’un des principaux leviers de transformation industrielle du pays.
Pour les autorités camerounaises, l’accélération des aménagements dans la zone de Mboro doit permettre de répondre rapidement à la demande des investisseurs en attendant la mise en œuvre complète de la KPIZ. Une stratégie qui traduit la volonté du Cameroun de faire du complexe portuaire de Kribi un moteur central de son industrialisation et de son intégration économique régionale.



