Antoine Tsimi, PCA de la Société camerounaise d'électricité (SOCADEL),
Le décret est tombé sans mise en scène. Mais à Yaoundé, sa portée a rapidement dépassé sa sobriété administrative. En prenant la tête du conseil d’administration de la Socadel, nouvelle identité de l’ex-Eneo Cameroon S.A., Antoine Ntsimi s’installe au cœur d’un secteur stratégique en pleine recomposition. Dans les cercles administratifs, la nomination n’a pas suscité de surprise : elle a plutôt confirmé le retour d’un profil expérimenté, rappelé au moment où les équilibres du système électrique deviennent critiques.
La prise de fonction s’est déroulée dans un cadre institutionnel classique, lors d’une session inaugurale présidée par le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba. Le message adressé aux nouveaux dirigeants est resté direct : produire des résultats, restaurer les équilibres, améliorer la performance. Car derrière les discours, la situation de l’entreprise demeure sous tension. À fin 2024, la dette globale de l’opérateur était estimée à près de 489 milliards FCFA, tandis que les pertes techniques, les difficultés de recouvrement et les coupures récurrentes continuent d’affecter la qualité du service.
Dans ce contexte, le profil d’Antoine Ntsimi apparaît comme une réponse ciblée. Formé aux États-Unis, notamment à la Chicago Business School, il appartient à une génération de technocrates rompus aux standards de la finance internationale. Son passage au ministère de l’Économie et des Finances dans les années 1990, au moment de la dévaluation du franc CFA en 1994, l’a inscrit parmi les acteurs de premier plan des ajustements macroéconomiques de la zone franc.
Mais son parcours s’est construit en séquences. Après son départ du gouvernement en 1995, dans un environnement politique complexe, il s’éloigne des fonctions exécutives avant de revenir par la voie parlementaire en 1997. Il poursuit ensuite sa trajectoire au sein des institutions régionales, d’abord à la CEEAC, puis à la tête de la Commission de la CEMAC à partir de 2007.
C’est à ce niveau que son profil prend une dimension plus contrastée. À Bangui, siège de l’institution, ses relations avec les autorités centrafricaines se tendent progressivement. L’épisode de 2012, marqué par son refoulement à l’aéroport, agit comme un moment de rupture. À partir de là, l’image du technocrate se double d’une perception plus politique, dans un environnement institutionnel fragile. Son départ de la CEMAC ouvre une longue période de retrait.
Durant plus d’une décennie, Antoine Ntsimi disparaît des premières lignes de l’appareil d’État. Dans les milieux administratifs, il reste néanmoins identifié comme un profil technique de référence. Entre le Cameroun et l’étranger, notamment les États-Unis, il évolue dans des activités de conseil et de finance, en marge des responsabilités publiques.
Son retour à la Socadel intervient dans une phase de recentrage stratégique de l’État camerounais. La reprise complète du capital de l’opérateur électrique traduit une volonté de réorganisation profonde d’un secteur jugé critique pour la croissance économique. Les défis sont structurels : sous-investissement chronique, déséquilibres financiers persistants, pression croissante de la demande énergétique et nécessité de moderniser les infrastructures.
Dans ce contexte, la feuille de route du conseil d’administration est clairement définie : restaurer l’équilibre financier, améliorer la qualité de service et rétablir la confiance des partenaires techniques et financiers. Une première évaluation est annoncée à 100 jours, signe d’une exigence de résultats rapides dans un environnement contraint.
Le choix d’Antoine Ntsimi dépasse ainsi la seule logique de nomination. Il renvoie à la recherche d’un profil capable d’évoluer à l’interface des enjeux techniques, financiers et institutionnels. Habitué aux négociations avec les bailleurs internationaux, familier des logiques de restructuration, il incarne une forme de continuité dans la gestion des crises économiques.
Reste une interrogation centrale : celle de la capacité à transformer cette expertise en résultats opérationnels dans une entreprise confrontée à des contraintes lourdes. À Yaoundé, la nomination est observée avec retenue. Mais dans les cercles économiques, elle est interprétée comme un signal clair : celui d’un État qui, face à l’urgence, s’appuie sur des profils éprouvés pour tenter de stabiliser un secteur clé de son économie.



