Antoine Tsimi, PCA de la Société camerounaise d'électricité (SOCADEL),
Dans les grands équilibres institutionnels camerounais, certaines nominations dépassent le simple cadre administratif. Celle d’Antoine Ntsimi à la présidence du conseil d’administration de la Socadel appartient à cette catégorie de décisions à forte portée économique et politique. Derrière ce choix se dessine la volonté de l’État de placer l’entreprise publique chargée de l’électricité sous la supervision d’un homme rompu aux négociations financières, aux arbitrages régionaux et aux grands dossiers de souveraineté économique.
À la tête de la nouvelle structure née de la reprise en main du secteur électrique, Antoine Ntsimi arrive avec un profil rare dans l’administration camerounaise : celui d’un technocrate ayant navigué entre finance internationale, gouvernance publique et intégration régionale. Ancien ministre de l’Économie et des Finances dans les années 1990, il s’est surtout imposé comme l’un des artisans de la consolidation institutionnelle de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. Entre 2007 et 2012, il préside la Commission de la CEMAC, période durant laquelle il participe à la relance des chantiers d’intégration économique, à la mise en œuvre du passeport biométrique communautaire et aux discussions sur la libre circulation des biens et des capitaux dans l’espace sous-régional.
Sa nomination intervient au moment où le Cameroun tente de redéfinir son modèle énergétique. Après des années de tensions autour de la distribution de l’électricité, marquées par des coupures récurrentes et des critiques sur les performances du système, les autorités ont choisi de restructurer en profondeur le secteur. La Socadel hérite d’un appareil électrique confronté à un déficit persistant entre offre et demande. Selon plusieurs données sectorielles, la demande nationale dépasse régulièrement les capacités disponibles pendant les pics de consommation, notamment dans les pôles industriels de Douala et Yaoundé.
L’enjeu est considérable pour une économie dont l’ambition industrielle repose en grande partie sur la stabilité énergétique. Le Cameroun dispose pourtant d’un potentiel hydroélectrique parmi les plus importants d’Afrique centrale, estimé à plus de 20 000 MW exploitables selon diverses études institutionnelles. Mais les insuffisances des infrastructures de transport, les pertes techniques du réseau et le retard de certains investissements continuent de limiter les performances globales du secteur énergétique.
Dans cette architecture en reconstruction, le rôle d’Antoine Ntsimi apparaît moins opérationnel que stratégique. À la présidence du conseil d’administration, il devra contribuer à sécuriser la gouvernance de l’entreprise, restaurer la crédibilité financière de la structure et accompagner les ambitions de modernisation portées par l’État. Son expérience des institutions financières et des mécanismes régionaux pourrait également servir dans les négociations avec les bailleurs et partenaires techniques appelés à accompagner les futurs investissements énergétiques.
Pour Yaoundé, cette nomination possède aussi une dimension symbolique. En confiant la supervision de la Socadel à une personnalité issue des cercles de l’intégration régionale, le pouvoir envoie un signal de stabilité et d’expertise à un moment où les questions énergétiques deviennent centrales dans la compétitivité économique africaine. Antoine Ntsimi rejoint ainsi la liste des hauts commis de l’État rappelés au premier plan pour piloter des secteurs considérés comme stratégiques pour la souveraineté nationale.



