Le poids de la dette chinoise continue de façonner les équilibres financiers du Cameroun. Entre janvier et mars 2026, l’État camerounais a déboursé 121,8 milliards FCFA au profit d’Eximbank China, principal créancier bilatéral du pays. D’après les statistiques de la Caisse autonome d’amortissement (CAA), 16,5 milliards FCFA de cette enveloppe représentent exclusivement les intérêts servis à l’institution financière chinoise, illustrant le coût croissant du financement extérieur dans un contexte de pression sur les finances publiques.
Ces remboursements concentrent à eux seuls plus de 93 % du service global de la dette bilatérale réglé par le Cameroun au cours du premier trimestre 2026, lequel s’élève à 132,2 milliards FCFA. Derrière ces chiffres se dessine une dépendance structurelle vis-à-vis des financements chinois, mobilisés depuis plus d’une décennie pour soutenir les grands projets d’infrastructures du pays : routes, barrages hydroélectriques, ports, télécommunications ou encore équipements urbains.
Selon les données officielles arrêtées au 31 mars 2026, l’encours de la dette bilatérale du Cameroun atteint 2 409 milliards FCFA. La Chine en détient à elle seule 64,9 %, soit près de 1 560 milliards FCFA, équivalant à 16,9 % de la dette extérieure totale du pays. À titre comparatif, la France, deuxième créancier bilatéral du Cameroun, représente 25,8 % de cette composante. Cette concentration du risque financier autour d’un partenaire unique interroge de plus en plus les économistes sur la soutenabilité à moyen terme du modèle d’endettement camerounais.
Au fil des années, Eximbank China s’est imposée comme le principal bailleur des infrastructures structurantes camerounaises. L’institution a notamment financé le port en eau profonde de Kribi, plusieurs tronçons autoroutiers, le barrage hydroélectrique de Memve’ele ou encore des projets énergétiques et numériques. Ces investissements ont permis au Cameroun d’accélérer certains projets longtemps bloqués faute de financements concessionnels classiques. Mais ils ont également accru la pression sur le service de la dette extérieure, à mesure que les périodes de grâce arrivent à échéance.
Dans un environnement international marqué par la remontée des taux d’intérêt et la raréfaction des financements concessionnels, les remboursements dus à la Chine deviennent un enjeu majeur pour le Trésor public camerounais. Les autorités cherchent désormais à mieux maîtriser le rythme d’endettement tout en maintenant les investissements nécessaires à la croissance économique. Le gouvernement mise notamment sur une stratégie combinant mobilisation accrue des recettes fiscales, refinancement partiel de certaines dettes et recours plus sélectif aux emprunts extérieurs.
À l’échelle continentale, le cas camerounais reflète une tendance plus large observée dans plusieurs économies africaines fortement exposées aux financements chinois. Selon les estimations de la Banque mondiale et du China Africa Research Initiative (CARI), les prêts chinois accordés à l’Afrique subsaharienne ont dépassé 170 milliards de dollars au cours des deux dernières décennies. Si ces financements ont contribué à combler le déficit d’infrastructures du continent, ils alimentent également les débats sur la vulnérabilité budgétaire des États africains face à leurs créanciers extérieurs.
Pour Yaoundé, l’équation reste délicate : poursuivre la modernisation des infrastructures indispensables à la compétitivité économique tout en évitant une dérive excessive du poids de la dette. Car derrière les milliards investis, la question centrale demeure celle de la capacité du Cameroun à transformer ces emprunts en croissance durable et en création de richesse suffisante pour absorber, demain, le coût de leur remboursement. Tressy Chouente



