Comment financer davantage le développement sans accroître la dette ? Pour la Banque africaine de développement (BAD), une partie de la réponse se trouve dans l’épargne déjà constituée par les Camerounais pour leur retraite. Dans son Rapport pays 2026, l’institution invite les autorités à mieux orienter les ressources des fonds de pension vers des investissements productifs capables de soutenir la croissance, tout en garantissant la sécurité des prestations des futurs retraités.
L’idée ne consiste pas à utiliser les cotisations sociales pour financer les dépenses de l’État. La BAD préconise plutôt une évolution de la stratégie de placement des fonds de pension. Contrairement aux banques, dont les ressources sont souvent mobilisées à court terme, les organismes de retraite disposent d’une épargne qui reste investie pendant plusieurs années, voire plusieurs décennies. Cette durée leur permet de financer des projets dont la rentabilité s’inscrit dans le temps, comme les infrastructures, les unités industrielles, les projets miniers ou énergétiques.
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Pour l’institution panafricaine, cette capacité demeure largement sous-exploitée en Afrique. Le continent accuse un déficit annuel de financement du développement estimé à 400 milliards de dollars, alors que les fonds de pension africains administrent près de 700 milliards de dollars d’actifs. Lors des Assemblées annuelles de mai 2026, le président du Groupe de la BAD, Sidi Ould Tah, a appelé les États à transformer cette épargne domestique en capitaux de long terme afin de réduire la dépendance aux financements extérieurs.
Au Cameroun, la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) concentre l’essentiel de ce potentiel. En 2025, elle a collecté 224,9 milliards de FCFA de cotisations sociales, contre 217,4 milliards un an auparavant, grâce notamment à l’élargissement de l’assiette contributive et à la progression du nombre de travailleurs télédéclarés. Cette montée en puissance accroît mécaniquement les capacités d’investissement de l’institution.
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La CNPS a d’ailleurs commencé à infléchir sa politique de placement. En 2025, elle s’est engagée aux côtés d’Arise Integrated Industrial Platforms dans la création de CamTex, un complexe destiné à transformer localement le coton camerounais. Elle négocie également un financement d’environ 20 milliards de FCFA pour le projet de bauxite de Minim-Martap porté par Canyon Resources. Ces opérations illustrent concrètement la logique défendue par la BAD : utiliser une partie de l’épargne retraite pour soutenir des projets créateurs de valeur, d’emplois et de recettes.
Cette évolution reste toutefois graduelle. Les revenus financiers de la CNPS proviennent encore majoritairement des obligations et des placements bancaires, des actifs réputés plus sûrs mais dont l’impact sur l’économie productive demeure limité. Pour la BAD, l’enjeu n’est donc pas de substituer le risque à la prudence, mais de diversifier progressivement les investissements, en renforçant la gouvernance, l’analyse des risques et la protection des intérêts des cotisants. Autrement dit, faire de l’épargne retraite un moteur du développement, sans jamais perdre de vue sa vocation première : garantir les pensions des générations futures.
Tressy Chouente



