Avec un portefeuille cumulé de 3 345 milliards de FCFA, la Banque africaine de développement (BAD) demeure l’un des principaux partenaires financiers du Cameroun. Ce volume d’engagements, correspondant à 130 prêts et dons accordés depuis plus d’un demi-siècle de coopération, illustre le rôle central de l’institution dans le financement des infrastructures, de l’énergie, de l’agriculture et du développement humain. Ce bilan a été présenté lors de l’atelier d’évaluation du portefeuille organisé le 14 juillet 2026 à Yaoundé, consacré à l’examen des performances du Document de stratégie pays (DSP) 2023-2028 et à l’identification des mesures destinées à accélérer l’exécution des projets.
Adopté en 2023, le DSP repose sur deux priorités : développer les infrastructures afin de soutenir l’industrialisation à travers l’agro-industrie, puis renforcer les compétences, la gouvernance et le climat des affaires. Depuis son lancement, la BAD a déjà approuvé huit nouveaux projets sur les onze programmés, pour un montant global de 833,8 milliards de FCFA. Cette dynamique confirme la volonté de la banque d’accompagner les ambitions du Cameroun en matière de transformation économique et d’amélioration de la compétitivité. À l’ouverture des travaux, le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey, a insisté sur la nécessité d’évaluer les résultats obtenus et de lever les obstacles freinant la réalisation des projets.
La répartition sectorielle du portefeuille met en évidence la priorité accordée aux infrastructures. Les transports concentrent 53,83 % des financements, devant l’énergie (22,32 %), l’agriculture (10,8 %) et le secteur social (9,19 %). À eux seuls, ces quatre domaines représentent plus de 96 % des engagements de la BAD au Cameroun. Les ressources restantes sont orientées vers l’eau et l’assainissement, la gouvernance, la finance et l’environnement. Malgré cette mobilisation financière, le taux cumulé de décaissement demeure limité à 26 %, révélant un écart important entre les financements approuvés et leur mise en œuvre effective.
Si les responsables de la BAD saluent des progrès encourageants enregistrés depuis le début de l’année 2026, plusieurs contraintes continuent de ralentir l’exécution des projets. Les retards dans la transmission des rapports d’audit, les délais de décaissement pouvant atteindre 12 à 36 mois, la faible mobilisation des fonds de contrepartie et les lenteurs des procédures de passation des marchés demeurent les principaux points de blocage. Le Projet complémentaire d’assainissement pluvial de Yaoundé (PCADY) figure notamment parmi les opérations confrontées à des retards significatifs.
L’enjeu devient d’autant plus stratégique que six projets approuvés entre 2023 et 2026, représentant environ 265 milliards de FCFA, restent exposés à une annulation faute de signature des accords dans les délais requis. Il s’agit notamment du programme de désenclavement Ngoura II-Yokadouma, du projet régional du pont sur le fleuve Ntem, des études hydroélectriques de Minkouma ou encore du projet d’appui à l’Université panafricaine. Pour Léandre Bassolé, directeur général de la BAD pour l’Afrique centrale, « un projet approuvé mais non exécuté ne crée ni emploi, ni croissance, ni opportunités pour les populations ». L’institution entend ainsi faire de la seconde moitié du DSP un cycle placé sous le signe d’une exécution plus rapide afin de maximiser l’impact de ses financements sur l’industrialisation et la croissance du Cameroun.
Tressy Chouente



