L’or pourrait devenir l’un des moteurs de la progression des exportations tchadiennes. Dans son analyse publiée à la mi-septembre, Standard & Poor’s (S&P) estime que les ventes extérieures du métal jaune pourraient franchir 1,8 milliard de dollars en 2026, soit plus de 1 000 milliards de FCFA. Cette projection accompagne la confirmation, le 11 septembre, de la note souveraine du Tchad à « B-/B », assortie d’une perspective stable.
La trajectoire est marquée par une forte accélération. D’après les chiffres attribués à S&P, la valeur des exportations aurifères serait passée d’environ 369 milliards de FCFA en 2024 à 649 milliards en 2025, soit une hausse de 75,9 % en un an. La progression attendue en 2026 prolongerait cette dynamique, portée notamment par la valorisation du métal précieux sur les marchés internationaux. Elle ne signifie toutefois pas que les volumes exportés augmenteraient dans les mêmes proportions : la valeur des ventes dépend aussi des cours.
Lire aussi : TCHAD – INDUSTRIE : ARISE IIP accélère la mise en place de la zone Zindjam
Les données disponibles invitent néanmoins à distinguer les estimations globales des exportations officiellement enregistrées. Selon des chiffres de l’INSEED relayés par EcoMatin, le Tchad a déclaré huit tonnes d’or exportées en 2025, pour une valeur de 32,32 milliards de FCFA. Ce volume a placé le métal jaune parmi les principaux produits exportés du pays. L’écart avec les montants beaucoup plus élevés cités dans les analyses de S&P souligne le poids possible des circuits informels et les difficultés à mesurer précisément les flux aurifères.
Cette montée en puissance reste à replacer dans une économie extérieure dominée par les hydrocarbures. En 2025, les exportations totales du Tchad ont atteint environ 1 270,9 milliards de FCFA, dont 1 080,6 milliards issus du pétrole brut, soit près de 85 % des recettes d’exportation. L’or offre donc une piste de diversification, mais il ne modifie pas encore la dépendance du pays aux revenus pétroliers.
Lire aussi : TCHAD – FINANCEMENT : Afreximbank mobilise 72 milliards FCFA pour accélérer les infrastructures stratégiques
La question centrale demeure celle de la captation des revenus. Des flux d’or échappant aux déclarations douanières et fiscales limiteraient les retombées pour le Trésor public. La progression annoncée par S&P constitue ainsi un indicateur de potentiel commercial, mais aussi un enjeu de formalisation : mieux tracer les exportations, sécuriser les recettes et transformer la richesse minière en ressources publiques.
Sorelle Ninguem



