À N’Djamena, la zone industrielle de Zindjam change de dimension. Après plusieurs années de préparation, le gouvernement tchadien vient de franchir une nouvelle étape avec la signature de six accords avec ARISE Integrated Industrial Platforms (ARISE IIP) et Laham Tchad. Les textes ont été signés par Marie Rolande Kaye, directrice générale de l’Agence d’administration des zones économiques spéciales (AAZES), et Saleh Ben Haliki, directeur général de TchadElec, avec Shailesh Barot, directeur général d’ARISE IIP et Laham Tchad. La cérémonie était présidée par Mathieu Guibolo Fanga, ministre du Commerce et de l’Industrie.
Les accords couvrent l’architecture juridique et opérationnelle du projet : conception et développement de la zone, bail emphytéotique, cahier des charges, préfinancement des infrastructures publiques et fourniture d’électricité. Autrement dit, le montage associe désormais les volets foncier, réglementaire, financier et énergétique indispensables à l’installation des futures unités industrielles. Aucun montant n’a toutefois été communiqué lors de la signature. L’enveloppe de 500 milliards de FCFA, souvent avancée pour le programme tchadien de zones économiques spéciales développé avec ARISE, doit donc être considérée comme une estimation du programme global, et non comme le montant officiellement annoncé pour Zindjam.
Lire aussi : TCHAD – FINANCEMENT : Afreximbank mobilise 72 milliards FCFA pour accélérer les infrastructures stratégiques
Le projet s’inscrit dans la stratégie d’industrialisation portée par le programme national « Tchad Connexion 2030 ». À N’Djamena, Zindjam doit notamment accueillir un vaste dispositif consacré à l’élevage : 280 hectares sont prévus pour les parcs d’achat, les zones de quarantaine et les espaces d’embouche de bovins, ovins et caprins, tandis que 31 hectares doivent être consacrés à une centrale électrique au gaz. ARISE présente Zindjam comme un partenariat public-privé destiné à créer un environnement intégré pour les investisseurs et à développer la transformation locale.
L’enjeu dépasse le seul foncier industriel. Avec plus de 129 millions de têtes de bétail, selon la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), le Tchad dispose de l’un des plus importants cheptels du continent. Pourtant, le pays exporte encore principalement des animaux sur pied, laissant à d’autres marchés une large part de la valeur ajoutée issue de la transformation. La CEA souligne ainsi que les pays de la CEEAC importent chaque année plus de 350 millions de dollars de viande et d’abats transformés, alors que la valeur du commerce régional de bétail reste inférieure à 50 millions de dollars.
Lire aussi : GOUVERNANCE ÉCONOMIQUE : BEAC, impôts et douanes unissent leurs données au Tchad
C’est précisément sur cette rupture de modèle que mise ARISE. À travers Laham Tchad, coentreprise créée en mars 2022 entre l’État tchadien et ARISE IIP, le groupe développe un écosystème consacré notamment à la transformation de la viande et du cuir. Son dispositif tchadien comprend également des plateformes industrielles à Moundou et Sarh. Zindjam doit ainsi compléter cet ensemble et favoriser l’émergence d’une chaîne de valeur plus intégrée, depuis l’élevage jusqu’à la transformation et à la commercialisation.
Reste désormais le passage des accords aux réalisations. Le démarrage effectif des travaux et l’installation des premières unités industrielles n’ont pas encore été précisément datés. Pour le gouvernement, la prochaine étape consiste à rendre disponibles les infrastructures, sécuriser l’approvisionnement énergétique et attirer les entreprises. Pour ARISE, l’enjeu est de transformer cette plateforme en véritable pôle industriel, capable de capter davantage de valeur au Tchad et de servir les marchés régionaux.
Sorelle Ninguem



