Le poids des entreprises publiques dans les finances de l’État gabonais prend une dimension préoccupante. Dans sa dernière évaluation des comptes publics, publiée le 29 septembre 2026, la Banque mondiale met en lumière les vulnérabilités financières d’un portefeuille d’entreprises dont l’endettement, les pertes et les besoins de restructuration pourraient accroître la pression sur le budget national. Les principales entités analysées cumulent 1 064 milliards de FCFA de dettes pour 382,2 milliards de capitaux propres. Un déséquilibre qui interroge la capacité de l’État à soutenir durablement ses participations.
Au cœur de cette exposition figure Gabon Oil Company (GOC). Avec 861,3 milliards de FCFA de dette, la compagnie pétrolière concentre l’essentiel de l’endettement recensé. Son expansion, notamment à travers les acquisitions d’Assala Energy et de Tullow Oil, a considérablement accru ses engagements financiers. Malgré un bénéfice net de 49,1 milliards FCFA pour 571,3 milliards de revenus, la Banque mondiale relève des arriérés envers les fournisseurs, des crédits de TVA non remboursés et des difficultés de rapatriement des devises. Cet endettement pourrait également réduire les dividendes futurs versés à l’État.
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La situation de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) apparaît particulièrement fragile. L’entreprise a enregistré une perte nette de 42,9 milliards FCFA en 2024 et affiche des capitaux propres négatifs de 90,7 milliards, avec des pertes cumulées supérieures à 127 milliards. Le gel des tarifs de l’eau et de l’électricité depuis 2018, l’augmentation des coûts d’exploitation, les pertes techniques et les difficultés de recouvrement des factures, notamment auprès des administrations, pèsent sur son équilibre. Les pertes techniques atteignent près de 30 % pour l’électricité et 56 % pour l’eau. La Banque mondiale évoque un besoin de recapitalisation d’au moins 140 milliards FCFA.
D’autres structures présentent des fragilités moins spectaculaires, mais tout aussi significatives. Le Fonds gabonais d’investissements stratégiques (FGIS), avec 3,2 milliards FCFA de dette, essuie une perte de 900 millions et fait face à des actifs peu liquides ainsi qu’aux difficultés de sa filiale SETEG. La Caisse des dépôts et consignations (CDC) supporte, quant à elle, 68,6 milliards FCFA de dette. La dépréciation de ses investissements, la baisse de ses actifs nets et un coût moyen d’emprunt de 11 % fragilisent son équilibre. La Banque mondiale identifie pour cette dernière un besoin potentiel d’allègement de dette de 68 milliards FCFA.
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La Société équatoriale des mines (SEM) et la Société du patrimoine des infrastructures numériques (SPIN) complètent le tableau des six entreprises stratégiques. La première affiche 3,1 milliards FCFA de pertes nettes pour 14,3 milliards de revenus, malgré un endettement limité à 400 millions. La seconde présente une dette de 200 millions FCFA et un bénéfice de même montant, mais ses revenus ont reculé et le partenariat public-privé envisagé autour d’un important réseau de fibre optique tarde à se concrétiser. À ces entités s’ajoute la SOGARA, dont les données figurent dans le tableau comparatif de la Banque mondiale, avec un passif particulièrement élevé.
Au-delà des bilans individuels, l’institution évalue à 1 154 milliards FCFA, soit 9,1 % du PIB, les principaux risques budgétaires associés aux entreprises publiques. Cette estimation englobe notamment les besoins de restructuration de la SEEG, les engagements liés à la CDC, les passifs de la SOGARA et les dividendes susceptibles de diminuer à la GOC. Il ne s’agit pas d’une dette supplémentaire déjà contractée, mais d’une exposition potentielle des finances de l’État.
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Le diagnostic porte également sur la gouvernance. Le portefeuille public gabonais compte 163 entités réparties dans 18 secteurs. La Banque mondiale déplore un cadre juridique vieillissant, des conseils d’administration insuffisamment indépendants, des obligations de publication financière peu respectées et les moyens limités de la Direction générale des participations de l’État. Elle préconise une meilleure transparence, des audits réguliers, des plans de recapitalisation ciblés et une rationalisation des participations publiques. Pour Libreville, l’enjeu dépasse ainsi la maîtrise de l’endettement : il s’agit de transformer des entreprises stratégiques en actifs capables de soutenir durablement l’économie plutôt que de constituer une source récurrente de pression budgétaire.
Sorelle Ninguem



