À Malabo, le régulateur bancaire régional a posé les jalons d’une surveillance adaptée à une industrie financière en pleine transformation. Réunie le 25 septembre 2026 pour sa 15e concertation annuelle avec la profession bancaire et financière, la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) a rassemblé banques, établissements de microfinance, acteurs des paiements et, pour la première fois, présidents de conseils d’administration et responsables de comités spécialisés. Sous la présidence d’Yvon Sana Bangui, gouverneur de la BEAC et président de la COBAC, les échanges ont porté sur la solidité des établissements, les nouveaux risques technologiques et la finance durable.
Les chiffres expliquent cette vigilance. Le bilan agrégé des banques de la CEMAC atteint 28 311 milliards de FCFA, en hausse de 8,9 %. Les crédits bruts progressent de 12,7 %, à 14 223 milliards, tandis que les dépôts augmentent de 6,6 %, à 20 310 milliards. Le crédit avance ainsi nettement plus vite que les ressources collectées. Dans le même temps, les créances en souffrance atteignent 2 192,8 milliards de FCFA, soit 15,42 % des crédits bruts. Les créances douteuses représentent 76,1 % de ce portefeuille, soit environ 1 669 milliards de FCFA, sans que ces montants puissent être assimilés à des pertes définitives.
Autre sujet de préoccupation : la concentration des financements. Sur 14 223,5 milliards de FCFA de crédits bruts, 7 612,1 milliards, soit 53,52 %, sont exposés à huit branches considérées comme sensibles dans l’analyse des risques environnementaux, sociaux et de gouvernance. La COBAC précise toutefois qu’une exposition à ces secteurs ne signifie pas que les crédits concernés sont nécessairement dégradés. L’enjeu consiste désormais à mieux intégrer ces risques dans l’évaluation des dossiers et la cartographie prudentielle.
La qualité des stress tests constitue un autre chantier. Ces exercices doivent mesurer la résistance des banques à différents chocs affectant notamment les pertes, les fonds propres ou la liquidité. La COBAC relève cependant des insuffisances dans les rapports transmis, le respect des délais et la documentation des hypothèses. Certains scénarios apparaissent encore insuffisamment adaptés aux réalités locales. Le superviseur entend donc renforcer la qualité de ces simulations, devenues essentielles dans un système bancaire où les encours de crédit progressent rapidement.
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La transformation numérique élargit parallèlement le périmètre de surveillance. L’essor des services de paiement soulève des questions d’interopérabilité, de fiabilité des infrastructures, de fraude et de cybersécurité. La COBAC s’intéresse également à la circulation des fonds de clientèle entre établissements de paiement et agrégateurs ainsi qu’au traitement comptable de certaines opérations. Les volumes concernés et les établissements éventuellement concernés n’ont pas été précisés. Orange Money Cameroun devait notamment partager son expérience sur ces mutations.
L’intelligence artificielle constitue désormais un autre front réglementaire. Détection de transactions atypiques, analyse du crédit, automatisation documentaire et cybersécurité offrent des gains potentiels aux banques. Mais les risques associés se multiplient : erreurs de décision, biais des données, difficultés d’explication, confidentialité et nouveaux procédés de fraude, notamment par clonage vocal, vidéos trompeuses ou hameçonnage personnalisé. La COBAC cherche ainsi à accompagner l’innovation sans laisser s’installer de nouvelles vulnérabilités systémiques.
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La finance durable complète enfin cette nouvelle architecture des risques. Le superviseur veut examiner l’intégration des critères ESG dans la cartographie des risques, l’analyse des crédits et les simulations de crise. À ce stade, ces orientations constituent des axes de travail et non de nouvelles obligations réglementaires. Pour les banques de la CEMAC, le message de Malabo est donc double : accompagner l’expansion du crédit et de la finance numérique, tout en renforçant la gouvernance, la qualité des portefeuilles et la capacité à absorber les chocs.
Tressy Chouente



