La modernisation des infrastructures de paiement de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) connaît un démarrage plus délicat que prévu. Entré en production le 3 août 2026, SYSTAC 2, le nouveau système régional de télécompensation de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), provoque des ralentissements dans le traitement de certaines opérations bancaires. Chèques, virements et autres paiements de détail enregistrent, dans plusieurs établissements, des délais inhabituels qui affectent directement la trésorerie des entreprises et la disponibilité des fonds pour les particuliers.
Pour les entreprises, ces perturbations dépassent le simple désagrément technique. Les sociétés dont le cycle d’exploitation dépend d’encaissements quotidiens voient leurs délais de règlement s’allonger, retardant parfois le paiement des fournisseurs, des salaires ou des échéances bancaires. Les banques, de leur côté, doivent absorber cette phase de migration tout en rassurant leurs clients sur la continuité des services. Si la BEAC affirme avoir pris les dispositions nécessaires pour accompagner cette transition, elle ne communique pas encore sur le nombre d’opérations concernées ni sur l’ampleur exacte des retards.
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Ces difficultés s’expliquent par l’importance stratégique de SYSTAC 2. La plateforme remplace un système utilisé depuis près de dix-neuf ans et constitue le socle de la compensation des paiements de détail dans les six pays de la CEMAC. Son architecture entièrement repensée est centralisée, accessible en ligne et conforme à la norme internationale ISO 20022, devenue la référence mondiale pour les échanges de données financières. Cette évolution doit améliorer la qualité des informations, renforcer la sécurité des transactions et préparer l’intégration de nouveaux services numériques.
Au-delà de la technologie, la migration impose aux banques une adaptation profonde de leurs systèmes d’information. Chaque établissement doit assurer l’interconnexion de ses applications avec la nouvelle plateforme, tester les échanges de données et sécuriser les flux entre les participants. Dans ce contexte, les retards observés apparaissent comme les effets classiques d’une montée en charge, même si leurs conséquences peuvent être lourdes pour les entreprises dont la liquidité dépend d’une exécution rapide des paiements.
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La nouvelle infrastructure repose sur trois modules : un système automatisé de compensation, un dispositif de gestion des litiges et un futur service de paiements instantanés. Ce dernier n’est toutefois pas encore opérationnel. Son déploiement interviendra dans une phase ultérieure, ce qui signifie que SYSTAC 2 fonctionne encore avec un périmètre fonctionnel incomplet. En parallèle, la banque centrale prépare SYGMA V2, le nouveau système de règlement brut en temps réel destiné aux opérations interbancaires de gros montants, dont la mise en service est annoncée dans les prochaines semaines.
Pour la BEAC, cette double réforme constitue une étape majeure de la modernisation financière de la sous-région. À terme, elle doit permettre d’absorber des volumes croissants de paiements électroniques, d’améliorer la résilience des infrastructures et d’accompagner l’essor des services financiers numériques. Mais les premières semaines de SYSTAC 2 rappellent qu’un système de paiement ne se juge pas uniquement à ses performances techniques. Pour les banques, les entreprises et les ménages, sa véritable valeur se mesure à la fluidité des transactions et à la continuité du service. C’est désormais sur ce terrain que se joue la crédibilité de cette réforme régionale.
Tressy Chouente



