L’espoir d’un redressement durable de Camair-Co s’éloigne. Rendu public en août 2026, l’audit de la Chambre des comptes de la Cour suprême dresse le constat d’une compagnie nationale toujours incapable de retrouver l’équilibre financier quinze ans après son entrée en exploitation commerciale. L’institution relève des pertes chroniques, une gouvernance insuffisamment coordonnée et une stratégie de relance qui n’a pas produit les effets attendus, malgré les mesures engagées depuis 2020.
Les chiffres illustrent l’ampleur des difficultés. Après des pertes cumulées de 101,5 milliards de FCFA à fin 2019, la compagnie a enregistré 53 milliards de FCFA de pertes supplémentaires entre 2021 et 2023, avec des déficits annuels oscillant entre 13 et 16 milliards de FCFA. À fin 2023, les capitaux propres demeuraient négatifs à 58 milliards de FCFA. Selon les magistrats financiers, l’entreprise a continué d’exploiter des budgets déficitaires alors qu’aucune ligne aérienne n’atteignait le seuil de rentabilité, privilégiant la continuité du service plutôt que le retour à l’équilibre.
L’audit pointe également une faiblesse structurelle : la flotte. Sur les 15 milliards de FCFA prévus pour acquérir deux Dash 8 Q400, réhabiliter deux Boeing 737-700 et convertir un Boeing 737-300 en cargo, près de 14 milliards ont été mobilisés. Résultat : seuls deux Q400 et un Boeing 737-700 ont repris du service, tandis qu’un second 737-700 et le 737-300 restent immobilisés en Éthiopie faute de financement. Les retards de maintenance, pouvant atteindre 24 mois, continuent de générer des coûts fixes sans recettes associées.
Faute d’appareils disponibles, la compagnie recourt régulièrement au wet lease, formule de location incluant avion, équipage et maintenance, nettement plus coûteuse que le dry lease généralement privilégié par les compagnies aériennes. La Chambre des comptes estime que cette solution, normalement exceptionnelle, est devenue un mode d’exploitation récurrent, tandis que l’absence de comptabilité analytique empêche de déterminer la taille de flotte nécessaire pour atteindre l’équilibre économique.
Lire aussi : PERFORMANCE : Camair-Co réduit ses pertes en 2025, mais demeure sous perfusion des financements publics
L’audit remet également en cause la mise en œuvre du plan de restructuration annoncé en 2020. Alors que le chef de l’État avait prescrit un programme global incluant l’ouverture de 51 % du capital à un partenaire stratégique, la juridiction constate que cette feuille de route n’a jamais été exécutée dans son intégralité. L’État a certes repris 86,79 milliards de FCFA de dettes sur les 127,2 milliards envisagés, améliorant temporairement les fonds propres, mais les opérations juridiques sont restées inachevées et les mesures engagées jugées « partielles et insuffisamment coordonnées ».
Les comptes les plus récents traduisent une amélioration relative, sans véritable rupture. La perte nette est passée de 5,5 milliards de FCFA en 2024 à 4,7 milliards en 2025, tandis que le chiffre d’affaires progressait de 22,7 à 24,5 milliards de FCFA. Dans le même temps, les subventions d’exploitation ont bondi de 4,9 à 6,9 milliards de FCFA (+38,7 %). Malgré ces soutiens, les capitaux propres demeurent négatifs (-5,5 milliards) et les créances clients atteignent 21,1 milliards de FCFA. Pour la compagnie, l’équation reste entière : retrouver une rentabilité durable sans dépendre durablement des finances publiques.
Anatole Bidias



