Dans le paysage économique camerounais, trois entreprises publiques cristallisent désormais l’essentiel des engagements financiers directs contractés auprès des créanciers intérieurs. La Société nationale de raffinage (SONARA), la Cameroon Airlines Corporation (Camair-Co) et la Cameroon Telecommunications (CAMTEL) cumulent à elles seules 297,3 milliards de FCFA de dette intérieure directe à fin juin 2026, représentant 93 % des 319,6 milliards de FCFA enregistrés pour l’ensemble des entreprises et établissements publics. Cette photographie financière, établie par la Caisse autonome d’amortissement (CAA), exclut toutefois certains engagements encore en cours d’évaluation, notamment ceux liés à la Société camerounaise d’électricité (Socadel).
L’encours global observé reste stable par rapport au mois précédent, mais affiche une tendance baissière sur une période plus longue. Il recule de 0,8 % sur les trois derniers mois et de 8,3 % en glissement annuel. Cette évolution traduit principalement les efforts d’apurement engagés par certaines structures publiques, même si le poids de quelques grandes entreprises continue de dominer la structure globale de la dette intérieure directe.
Avec 191,3 milliards de FCFA, la SONARA demeure le principal débiteur public sur ce segment. La raffinerie nationale concentre à elle seule 59,9 % de l’encours total recensé. Sa dette se compose notamment de 162,4 milliards de FCFA d’engagements bancaires et de 28,8 milliards de FCFA de dettes fournisseurs. Malgré cette position dominante, son niveau d’endettement s’est légèrement amélioré, passant de 199,5 milliards de FCFA en décembre 2025 à 191,3 milliards six mois plus tard, soit une réduction de 8,2 milliards de FCFA. Une baisse qui intervient alors que l’entreprise poursuit les démarches liées au financement de sa reconstruction après l’incendie industriel de mai 2019 ayant paralysé ses unités de production.
Derrière la SONARA, Camair-Co occupe la deuxième place avec une dette intérieure évaluée à 62,4 milliards de FCFA, soit 19,5 % du portefeuille. L’entreprise aérienne publique conserve ainsi un niveau d’endettement inchangé depuis décembre 2025, dans un contexte marqué par les défis persistants liés à sa restructuration opérationnelle et financière. CAMTEL complète ce trio avec 43,6 milliards de FCFA, représentant 13,6 % de l’encours. L’opérateur historique des télécommunications a toutefois réduit son exposition, avec une baisse annuelle de 5,9 milliards de FCFA par rapport aux 49,5 milliards enregistrés en juin 2025.
Les autres entreprises et établissements publics affichent une dette cumulée beaucoup plus faible, estimée à 22,3 milliards de FCFA, soit environ 7 % de l’ensemble. La Cameroon Development Corporation (CDC) arrive en tête de ce groupe avec 9,4 milliards de FCFA, suivie du Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunale (FEICOM), à 7,6 milliards, de la Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater), avec 5,2 milliards, tandis que le Port autonome de Douala ne présente plus qu’un encours limité à 100 millions de FCFA.
Au-delà de cette dette directe, la situation financière des entreprises publiques reste marquée par une autre catégorie d’engagements : la dette flottante. Celle-ci atteint 156,5 milliards de FCFA à fin juin 2026, soit une baisse de 19,5 % sur un an. Elle comprend principalement les dettes fiscalo-douanières, évaluées à 107,4 milliards de FCFA, représentant 68,6 % du total. La dette commerciale suit avec 33,3 milliards de FCFA, soit 21,3 %, tandis que les dettes académiques et sociales représentent respectivement environ 13 milliards et 2,8 milliards de FCFA.
Cette ventilation révèle une réalité plus large : les difficultés financières des entreprises publiques ne se limitent pas aux emprunts bancaires ou aux dettes fournisseurs. Elles concernent également les obligations fiscales, douanières, sociales et administratives accumulées dans le cadre de leur fonctionnement quotidien. Un enjeu majeur pour l’État, qui cherche à renforcer la gouvernance financière des structures publiques tout en préservant leur capacité à soutenir les politiques économiques nationales.
La photographie actuelle demeure toutefois incomplète. La CAA indique que les données publiées n’intègrent pas encore le passif de la Société camerounaise d’électricité (Socadel), issue de la reprise publique de l’ancien opérateur Eneo. Les travaux d’évaluation se poursuivent sur la base d’une estimation provisoire proche de 800 milliards de FCFA. Si ce montant devait être confirmé, il pèserait lourdement dans l’analyse globale de l’endettement des entreprises publiques camerounaises, représentant plus de deux fois l’encours direct actuellement recensé.
Ainsi, derrière les 93 % concentrés par la SONARA, Camair-Co et CAMTEL se dessine une réalité financière encore appelée à évoluer. L’intégration future des engagements de Socadel pourrait profondément modifier la hiérarchie actuelle et redéfinir le véritable niveau d’exposition financière du secteur public marchand camerounais. Pour les autorités, l’enjeu sera désormais de concilier assainissement budgétaire, restructuration des entreprises publiques et maintien de leur rôle stratégique dans l’économie nationale.
Tressy Chouente



