Une plantation de palmiers a huile.
À Lobe, Ekondo-Titi ou encore Mundemba, dans le Sud-Ouest camerounais, les vastes plantations de palmiers à huile de PAMOL Plantations Plc portent encore les traces d’un lent déclin industriel. Routes dégradées, équipements vétustes, parcelles insuffisamment entretenues : depuis plusieurs années, l’agro-industriel public peine à maintenir son niveau d’activité dans une région durablement fragilisée par la crise sécuritaire anglophone.
Longtemps considérée comme l’un des piliers historiques de la filière huile de palme au Cameroun, PAMOL traverse aujourd’hui l’une des périodes les plus critiques de son histoire. Selon plusieurs sources proches du dossier, l’entreprise recherche désormais près de 36 milliards de FCFA afin de relancer ses activités agricoles et industrielles, moderniser ses huileries et reconstituer progressivement ses capacités de production.
Créée à l’époque coloniale puis reprise par l’État camerounais, PAMOL exploite plusieurs milliers d’hectares de plantations dans le Sud-Ouest. Mais depuis près d’une décennie, la société accumule les difficultés. La crise sécuritaire qui secoue les régions anglophones depuis 2016 a fortement perturbé les activités agricoles, provoquant l’abandon de certaines plantations, la désorganisation des circuits logistiques et le départ d’une partie des travailleurs.
À cela s’ajoutent des difficultés structurelles plus anciennes : équipements industriels vieillissants, faible mécanisation, problèmes de gouvernance et insuffisance des investissements. Les huileries de l’entreprise fonctionnent aujourd’hui bien en dessous de leurs capacités initiales. Plusieurs employés évoquent également des mois d’arriérés de salaires et une détérioration progressive des conditions de travail.
Cette situation intervient alors même que le marché camerounais de l’huile de palme connaît une forte pression sur la demande. Selon les estimations du ministère de l’Agriculture et de plusieurs organisations sectorielles, le Cameroun affiche un déficit annuel de plusieurs centaines de milliers de tonnes d’huile de palme brute. Malgré la présence de grands acteurs comme SOCAPALM ou CDC, la production nationale reste insuffisante pour couvrir les besoins de l’industrie agroalimentaire et des ménages. Cette dépendance pousse régulièrement le pays à importer de l’huile de palme depuis l’Asie ou certains marchés africains.
Pour les autorités camerounaises, la relance de PAMOL dépasse donc la seule survie d’une entreprise publique en difficulté. Le dossier touche également aux enjeux de souveraineté alimentaire, d’emploi rural et de stabilisation économique des régions anglophones. Dans le Sud-Ouest, l’entreprise demeure l’un des principaux employeurs agricoles et fait vivre indirectement plusieurs milliers de familles.
Le financement recherché devrait permettre la réhabilitation des plantations, l’acquisition de nouveaux équipements industriels et la modernisation des unités de transformation. L’objectif affiché consiste à augmenter progressivement les rendements agricoles tout en réduisant les pertes liées à l’obsolescence des infrastructures.
Mais le défi reste immense. Car au-delà des besoins financiers, PAMOL devra aussi restaurer la confiance des employés, sécuriser durablement ses sites de production et améliorer sa gouvernance. Dans un secteur devenu extrêmement concurrentiel, marqué par la montée des grands groupes agro-industriels privés, la société publique joue désormais une partie décisive pour sa survie.



