À Bonabéri, l’un des principaux nœuds logistiques des hydrocarbures au Cameroun, la SCDP engage une transformation industrielle de son dispositif de chargement de gaz de pétrole liquéfié (GPL). L’entreprise publique entend lever un goulot d’étranglement devenu critique dans une chaîne d’approvisionnement sous tension, alors que la consommation de gaz domestique progresse plus vite que les capacités opérationnelles.
Le projet, validé lors de la session du conseil d’administration du 25 mai 2026, prévoit la mise en place d’un système intégré combinant postes de chargement camions-citernes et wagons-citernes, nouvelle pomperie GPL, instruments de comptage modernisés et automatisation des dispositifs de sécurité. L’objectif affiché est d’aligner les capacités de chargement sur les investissements récents réalisés dans le stockage.
Selon la direction générale, la capacité quotidienne devrait passer d’environ 1 000 tonnes à près de 1 950 tonnes, soit une hausse proche de 95 %. Dans le détail, le site pourra traiter jusqu’à sept wagons-citernes simultanément, contre deux actuellement, ce qui représente une multiplication par 3,5 du flux ferroviaire.
Pour la SCDP, l’enjeu dépasse la simple optimisation technique. Bonabéri constitue le principal point d’entrée et de redistribution du GPL importé au Cameroun. Toute saturation du site entraîne mécaniquement des retards dans les rotations des opérateurs et des tensions sur la disponibilité du gaz en bouteille, produit devenu central dans les ménages urbains.
Cette montée en capacité intervient dans un contexte de pression croissante sur la demande nationale. La consommation de GPL est en hausse structurelle, portée par l’urbanisation, la transition progressive vers des énergies domestiques plus propres et l’élargissement de la distribution. Mais la production locale demeure marginale, obligeant le pays à importer une part majoritaire de ses besoins.
Dans cette configuration, la chaîne logistique devient un facteur stratégique. Les arbitrages entre stockage, transport et chargement déterminent directement la stabilité du marché intérieur. À cela s’ajoute une recomposition des flux, notamment avec la possible réorientation d’une partie des volumes précédemment traités par le centre GPL de Bipaga, dans le Sud, vers Douala.
Au-delà des capacités physiques, le projet intègre également une dimension de modernisation des standards industriels. Automatisation des contrôles, renforcement des systèmes de sécurité et traçabilité accrue des volumes visent à réduire les risques opérationnels sur un produit hautement sensible, à la fois inflammable et stratégique pour l’économie domestique.
Dans les faits, Bonabéri s’impose progressivement comme un hub énergétique national. Sa performance conditionne non seulement la fluidité de la distribution, mais aussi la stabilité des prix et la sécurité d’approvisionnement. Un enjeu d’autant plus critique que les importations pèsent sur les réserves en devises et exposent le pays aux fluctuations du marché international.
Reste désormais à préciser le coût global de l’investissement, son mode de financement et le calendrier d’exécution, annoncé sur environ 20 mois. Pour la SCDP, ce chantier constitue une étape structurante dans la recomposition de la logistique pétrolière nationale, à un moment où la demande énergétique domestique s’installe durablement sur une courbe ascendante.



