À Douala, Access Bank Cameroon veut s’attaquer à l’un des points faibles du marché régional des titres publics : la liquidité sur le marché secondaire. La banque a présenté, le 11 août 2026, Access Invest, une plateforme numérique permettant aux particuliers, entreprises, investisseurs institutionnels, sociétés de gestion et sociétés de bourse de consulter leurs avoirs en Bons du Trésor assimilables (BTA) et Obligations du Trésor assimilables (OTA), d’en suivre la valeur et d’engager une opération de cession avant leur échéance. La banque présente l’outil comme une première dans la sous-région.
L’initiative intervient alors que le marché des valeurs du Trésor prend de l’ampleur. Selon les données de la BEAC, l’encours des titres publics de la CEMAC atteignait environ 9 500 milliards de FCFA à fin janvier 2026, en progression de 26 % sur un an. Le Cameroun représentait 19,3 % de cet encours, derrière le Gabon (30,5 %) et le Congo (29,5 %). Pour 2026, les six États de la CEMAC prévoient de mobiliser 3 906,5 milliards de FCFA sur ce marché, dont 1 165 milliards pour le Cameroun.
Cette croissance du financement souverain contraste toutefois avec une participation encore limitée des particuliers et une profondeur insuffisante du marché secondaire. Au 31 janvier 2026, les particuliers camerounais détenaient seulement 25,9 milliards de FCFA de titres publics, contre 71,7 milliards au Gabon. Access Invest cherche précisément à réduire cette distance en donnant aux détenteurs une visibilité permanente sur leurs placements et un accès simplifié aux opérations de sortie.
Pour Access Bank Cameroon, l’enjeu dépasse la digitalisation d’un service bancaire. La plateforme doit rapprocher l’épargne disponible des besoins de financement des États, tout en élargissant l’accès à des instruments jusque-là davantage utilisés par les investisseurs professionnels. Ugochukwu Irechukwu, directeur général adjoint, inscrit le dispositif dans la stratégie de transformation numérique du groupe à l’échelle du Cameroun et de la CEMAC. Des actions de sensibilisation, simulations et programmes destinés notamment aux salariés du secteur public sont également envisagés.
Le pari sera désormais de transformer la simplicité d’accès en transactions effectives. Plus le nombre d’investisseurs capables d’acheter et de céder des BTA ou OTA augmente, plus le marché secondaire peut gagner en profondeur, réduire les contraintes de sortie et renforcer l’attractivité des titres publics. Pour les États de la CEMAC, qui sollicitent massivement ce marché pour financer leurs déficits et leurs investissements, l’enjeu est loin d’être secondaire.
Tressy Chouente



