Longtemps présenté comme l’un des plus prometteurs projets de minerais critiques d’Afrique centrale, le gisement de Nkamouna pourrait connaître un nouveau départ. Le groupe américain Aeternum Resources a annoncé, le 7 août à Washington, avoir obtenu une option lui permettant d’acquérir 51 % d’American Renaissance Minerals (ARM), société engagée dans la relance de ce vaste projet de cobalt, de nickel et de manganèse après le retrait du permis de Geovic Cameroon Plc en février 2025. L’opération ne constitue pas encore une prise de participation effective : elle reste conditionnée à l’exercice de cette option et à l’obtention d’un nouveau titre minier auprès des autorités camerounaises.
Pour sécuriser cette option, Aeternum a remis à Manaslu LLC 50 millions d’actions ordinaires et 2 millions d’actions privilégiées de série B. Si l’opération aboutit, le groupe américain deviendra actionnaire majoritaire d’ARM et apportera des financements ainsi que son expertise en ingénierie minière. De son côté, ARM poursuit les discussions avec le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (MINMIDT) et la Société nationale des mines (Sonamines) afin d’obtenir un nouveau permis d’exploitation. L’avenir du projet dépend donc encore du feu vert réglementaire de Yaoundé.
Cette nouvelle tentative tourne définitivement la page Geovic. Pendant près de trente ans, la société américaine avait accumulé études géologiques, essais métallurgiques, analyses environnementales et étude de faisabilité sans parvenir à financer la mise en production. Après le retrait de son permis en 2025, ARM a conclu, en janvier 2026, un accord lui donnant accès aux données techniques historiques du projet, tandis que Geovic s’est engagée à renoncer à toute revendication future sur Nkamouna. Pour Aeternum, il s’agit d’un actif déjà largement documenté, susceptible d’accélérer le développement d’une future mine.
Selon les estimations historiques, le gisement renferme environ 323 millions de tonnes de minerai, avec des teneurs moyennes de 0,21 % de cobalt, 0,61 % de nickel et 1,26 % de manganèse, dont 121 millions de tonnes classées en ressources mesurées et indiquées. Ces métaux figurent parmi les plus recherchés pour les batteries, le stockage d’énergie, l’aéronautique, les infrastructures numériques et certaines applications de défense. En 2024, la République démocratique du Congo assurait près de 75 % de la production mondiale de cobalt, tandis que l’Indonésie dominait l’expansion de l’offre mondiale de nickel et que la Chine conservait une position prépondérante dans leur raffinage.
Les promoteurs affirment vouloir transformer une partie du minerai sur place grâce à un concentrateur destiné à produire un concentré exportable plutôt que d’expédier le minerai brut. Cette stratégie vise à accroître la valeur ajoutée locale, créer des emplois et développer un tissu de fournisseurs camerounais. Forte de son expérience sur le projet de Jos, au Nigeria, où une unité de traitement est attendue fin 2026, Aeternum ambitionne de faire de Nkamouna un maillon de sa stratégie d’approvisionnement en minerais critiques pour les États-Unis et leurs alliés. Si les autorisations sont obtenues, le projet replacerait le Cameroun dans la compétition mondiale pour les métaux de la transition énergétique.
Anatole Bidias



