Dans la course à la souveraineté énergétique, le temps d’exécution est devenu un facteur aussi déterminant que la mobilisation des capitaux. Pour tenir son objectif de mise en service, CSTAR a choisi la modularisation, une approche industrielle qui s’impose progressivement dans les grands projets pétroliers des économies émergentes.
La visite du 6 juin sur les sites du consortium RCG a permis de matérialiser l’avancement du projet de Kribi. Contrairement aux raffineries classiques construites entièrement sur site, le modèle retenu repose sur la fabrication en usine de modules complets — unités de distillation, systèmes de traitement, installations de stockage et équipements auxiliaires — ensuite acheminés et assemblés au Cameroun.
Ces modules sont actuellement produits dans des installations industrielles spécialisées à Abou Dabi, par un consortium ayant déjà contribué à des projets de grande envergure, notamment les complexes d’ADNOC aux Émirats arabes unis et de Huajin Aramco en Chine. Cette dimension internationale renforce la crédibilité technique du dispositif, tout en intégrant des standards industriels élevés.
L’intérêt principal de cette architecture repose sur la parallélisation des tâches. Pendant que les modules sont fabriqués et testés en environnement contrôlé, les travaux de préparation du site avancent simultanément à Kribi. Ce chevauchement des phases permet de réduire sensiblement les délais globaux de construction, tout en limitant les risques de dérive technique.
Au-delà du calendrier, la modularisation offre un gain en qualité et en maîtrise budgétaire. Les équipements étant assemblés et vérifiés en usine, les marges d’erreur sur site sont réduites et les coûts mieux anticipés. Dans un contexte africain marqué par des dépassements fréquents sur les grands projets industriels, cette méthode constitue un levier de discipline opérationnelle.
Le plan industriel de CSTAR prévoit un démarrage progressif avec une capacité initiale de 10 000 barils par jour, avant une montée en puissance à 30 000 barils d’ici 2028. Le design modulaire permet également d’envisager des extensions futures, notamment dans les carburants à plus forte valeur ajoutée et les biocarburants, en fonction de l’évolution de la demande régionale.
Cette stratégie s’inscrit dans une dynamique plus large observée sur le continent. Du Nigeria à l’Angola, les raffineries modulaires gagnent du terrain, portées par leur flexibilité, leur rapidité de déploiement et des besoins d’investissement plus progressifs. Elles répondent à une contrainte majeure : concilier industrialisation rapide et soutenabilité financière.
Pour le Cameroun, les enjeux dépassent la seule infrastructure. La raffinerie de Kribi pourrait réduire la dépendance aux importations de produits raffinés, renforcer la sécurité énergétique et consolider le rôle du port en eaux profondes comme hub logistique régional. Elle s’inscrit ainsi dans une stratégie plus large de transformation industrielle.
Mais le succès du projet dépendra de sa mise en œuvre logistique et humaine. L’acheminement des modules vers Kribi constitue un défi critique, tributaire de la fluidité portuaire et des corridors de transport. Surtout, la montée en compétence locale sera déterminante pour assurer l’exploitation et la maintenance de l’installation sur le long terme.
Au final, la raffinerie de Kribi apparaît comme un test grandeur nature de la capacité du Cameroun à industrialiser son secteur énergétique. Si la modularisation permet de construire plus vite, seule la structuration d’un écosystème local de compétences permettra d’en faire un véritable levier de souveraineté et de croissance régionale.



