Dans les cercles financiers de Yaoundé et de Douala, l’annonce était attendue depuis plusieurs mois. Le 12 mai 2026, le gouvernement camerounais a officiellement acté la prise de contrôle de Société Générale Cameroun par l’État, mettant un terme à plus de six décennies de présence directe du groupe bancaire français sur le marché camerounais. La cérémonie de clôture de la transaction, organisée à Yaoundé sous la présidence du ministre des Finances Louis Paul Motaze, consacre l’aboutissement d’un processus engagé depuis plus d’un an.
Selon les autorités camerounaises, cette opération s’inscrit dans le prolongement de la stratégie de réorganisation des activités africaines engagée par le groupe Société Générale. Depuis plusieurs années, plusieurs établissements bancaires européens procèdent à des arbitrages stratégiques sur le continent africain afin de recentrer leurs activités sur des marchés jugés prioritaires ou à plus forte rentabilité.
À l’issue de cette acquisition, la banque opérera désormais sous la nouvelle dénomination “General Bank of Cameroon”. L’État camerounais contrôlera 83,68 % du capital, tandis que le groupe SanlamAllianz conservera 16,32 % des parts. Si le montant exact de la transaction n’a pas été officiellement dévoilé, plusieurs évaluations réalisées début 2025 estimaient la valeur de la banque autour de 123 milliards de FCFA.
Avec cette prise de contrôle, l’État camerounais devient désormais actionnaire majoritaire de cinq établissements bancaires, aux côtés de la Banque Camerounaise des Petites et Moyennes Entreprises (BC-PME), de Commercial Bank Cameroun (CBC), de NFC Bank et de Union Bank of Cameroon (UBC). Pour le gouvernement, cette montée en puissance de l’actionnariat public répond à un impératif de stabilité financière et de sécurisation des dépôts dans un environnement bancaire régional marqué par des exigences prudentielles renforcées.
Malgré une perte progressive de vitesse commerciale observée ces dernières années, l’établissement affiche encore des fondamentaux financiers solides. Dans une note adressée à la presse, la banque indique disposer de fonds propres nets évalués à 138 milliards FCFA au 31 mars 2026. Son ratio de couverture des risques atteindrait 20,5 %, soit près du double du minimum réglementaire imposé par la Banking Commission of Central Africa (COBAC) aux banques systémiques. Son ratio de liquidité s’élèverait quant à lui à 211 %, largement supérieur au seuil réglementaire fixé à 100 %.
Ces indicateurs visent à rassurer les marchés ainsi que les déposants dans un contexte de recomposition du paysage bancaire camerounais. Pour la première fois depuis plusieurs années, Société Générale Cameroun a perdu sa place de deuxième banque du pays en volume de dépôts au profit de AFG Bank Cameroun. Selon les données du marché bancaire, les dépôts de la banque auraient reculé de 18,01 % en 2025, tout en restant au-dessus du seuil symbolique de 1 000 milliards FCFA.
Sur le segment du crédit, l’établissement conserve néanmoins une position stratégique avec environ 12 % de parts de marché, contre 11 % pour AFG Bank Cameroun. L’écart entre les deux institutions s’est toutefois considérablement réduit au cours des douze derniers mois, traduisant l’intensification de la concurrence dans le secteur bancaire camerounais.
Le retrait progressif du groupe Société Générale du Cameroun s’inscrit dans une dynamique plus large observée à l’échelle du continent. Plusieurs banques européennes réduisent leur exposition en Afrique afin d’améliorer leurs ratios prudentiels et optimiser leur allocation de capital. Selon les données financières publiées par le groupe dirigé par Slawomir Krupa, cette cession devrait améliorer le ratio CET1 du groupe d’environ six points de base, soit un impact estimé à près de 236 millions d’euros.
Au-delà du changement d’actionnariat, cette opération marque surtout une nouvelle phase pour le système bancaire camerounais, où l’État entend désormais jouer un rôle plus central dans l’orientation du financement de l’économie nationale, des infrastructures et des projets stratégiques.



