Au siège de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH), à Yaoundé, la visite de travail effectuée le 7 mai 2026 par une délégation du groupe Attijariwafa Bank n’est pas passée inaperçue dans les milieux économiques et énergétiques camerounais. Derrière les échanges institutionnels entre les responsables du groupe bancaire marocain et les dirigeants de la SNH se dessine un enjeu bien plus large : celui du financement des infrastructures énergétiques stratégiques destinées à réduire la dépendance du Cameroun aux importations de produits pétroliers raffinés.
Conduite par Youssef Rouissi, Directeur Général Adjoint du groupe Attijariwafa Bank, accompagné de Nabil Kadiri, Directeur Général de SCB Cameroun, la délégation a été accueillie par Nathalie Moudiki, Conseiller N°2 à la SNH. Selon plusieurs sources proches du dossier, les discussions ont principalement porté sur le renforcement des relations financières entre les deux institutions ainsi que sur les perspectives de financement du projet de raffinerie CSTAR, considéré comme l’un des projets énergétiques les plus stratégiques actuellement envisagés au Cameroun. Sources : SNH, SCB Cameroun, Attijariwafa Bank.
À travers cette rencontre, SCB Cameroun a officiellement renouvelé son intérêt pour l’accompagnement financier de cette future raffinerie, dont l’ambition est de renforcer les capacités nationales de transformation des hydrocarbures. Dans un contexte marqué par la volatilité des cours internationaux du pétrole et les tensions récurrentes sur l’approvisionnement énergétique mondial, le Cameroun cherche depuis plusieurs années à accélérer sa stratégie de souveraineté énergétique afin de limiter sa dépendance aux importations de carburants raffinés.
Le projet CSTAR apparaît ainsi comme une composante clé de cette nouvelle orientation. Les autorités camerounaises espèrent développer une capacité locale de raffinage capable de soutenir la demande intérieure en produits pétroliers tout en améliorant la sécurité énergétique nationale. Selon les données du ministère de l’Eau et de l’Énergie et de la Banque mondiale, la consommation énergétique du Cameroun progresse régulièrement sous l’effet de la croissance démographique, de l’urbanisation et de l’expansion des activités industrielles.
Dans les cercles financiers, cette implication du groupe Attijariwafa Bank est perçue comme un signal important pour le financement des grands projets structurants en Afrique centrale. Maison mère de SCB Cameroun, le groupe bancaire marocain poursuit depuis plusieurs années une stratégie d’expansion continentale axée sur le financement des infrastructures, de l’énergie et des grands projets industriels. Présent dans plus d’une vingtaine de pays africains, Attijariwafa Bank figure aujourd’hui parmi les principaux groupes bancaires du continent en termes d’actifs et de couverture régionale.
Au-delà du seul financement bancaire, la visite de la délégation marocaine traduit également le renforcement des relations économiques entre le Cameroun et le Maroc dans des secteurs stratégiques. Les deux pays multiplient depuis plusieurs années les partenariats dans la finance, les télécommunications, l’agro-industrie et les infrastructures énergétiques, dans un contexte de montée en puissance des investissements sud-sud sur le continent africain.
Pour la SNH, cette coopération avec des partenaires financiers internationaux apparaît essentielle afin de mobiliser les ressources nécessaires au développement des infrastructures énergétiques nationales. Les besoins de financement restent considérables. Selon la Banque africaine de développement, plusieurs milliards de dollars d’investissements seront nécessaires en Afrique centrale au cours de la prochaine décennie pour moderniser les chaînes énergétiques, renforcer les capacités de raffinage et accompagner la transition industrielle de la sous-région.
En réaffirmant son intérêt pour le projet CSTAR, SCB Cameroun confirme ainsi sa volonté de jouer un rôle central dans le financement des projets stratégiques liés à la souveraineté énergétique du Cameroun, à un moment où les États africains cherchent de plus en plus à sécuriser leurs approvisionnements et à développer localement leurs chaînes de valeur énergétiques.



