George Elombi, Pdt Afreximbank
Dans un contexte international toujours dominé par l’incertitude monétaire et la fragmentation des échanges, la performance de Afreximbank confirme la robustesse de son modèle centré sur le financement du commerce intra-africain. L’institution a vu ses revenus d’intérêts progresser de 14 % sur un an pour atteindre 813,6 millions de dollars, traduisant une dynamique soutenue de ses activités de crédit auprès des États, des entreprises et des institutions financières du continent.
Le revenu net d’intérêts s’établit à 510 millions de dollars, en hausse de 24 %, illustrant la capacité de la banque à lever des ressources dans des conditions relativement favorables malgré la hausse globale du coût du capital. Dans le même temps, son portefeuille global de crédits atteint 42 milliards de dollars, confirmant son rôle structurant dans le financement des économies africaines.
Les actifs totaux s’élèvent à 41,7 milliards de dollars, tandis que le ratio de créances douteuses demeure maîtrisé à 2,4 %, contre 2,43 % à fin 2025. Un niveau jugé contenu par l’institution et inférieur à la moyenne observée dans plusieurs banques de développement africaines, selon les standards des agences de notation et des institutions multilatérales.
Mais derrière ces indicateurs solides, la structure de coûts appelle davantage de vigilance. Les charges opérationnelles ont progressé de 38 % pour atteindre 103,9 millions de dollars, portées par les charges de personnel (46,3 millions, +23,4 %), les dépenses administratives (41 millions, +27,9 %) et les amortissements (16,5 millions, +188,68 %). Cette hausse reflète à la fois l’expansion des activités et les pressions inflationnistes persistantes.
Dans ce contexte, le ratio coût/revenu remonte à 19 %, contre 16 % un an plus tôt, tout en restant nettement en dessous du seuil stratégique de 30 %. Cette évolution signale néanmoins un début de tension sur l’efficacité opérationnelle, alors que la banque poursuit l’élargissement de son empreinte continentale.
Autre point de vigilance : la trésorerie recule de 24 % pour s’établir à 5,6 milliards de dollars à fin mars 2026. Une contraction qui intervient dans un environnement où l’agence de notation Fitch a récemment alerté sur l’exposition de Afreximbank à certains États africains confrontés à des fragilités budgétaires et à un endettement élevé.
Pour faire face aux chocs exogènes, notamment ceux liés aux perturbations économiques dans le Golfe, la banque a lancé en mars 2026 un programme spécial de 10 milliards de dollars. Ce mécanisme vise à soutenir les États membres confrontés à des tensions sur les marchés de l’énergie, des engrais, de l’alimentation et du tourisme, en facilitant l’accès aux devises et en limitant les risques de crise de liquidité.
Enfin, l’institution a franchi une étape stratégique avec l’adhésion de l’Afrique du Sud à son accord constitutif en février 2026. Cette évolution permet désormais à Afreximbank de couvrir l’ensemble du continent, renforçant son positionnement comme acteur central du financement de l’intégration économique africaine.
Dans un environnement financier encore marqué par une forte dépendance aux capitaux extérieurs, ces résultats confirment la montée en puissance d’une banque qui s’impose progressivement comme un pilier de la souveraineté financière africaine.



