La filière cacao ivoirienne poursuit sa montée en gamme. À San Pedro, principal hub portuaire du cacao en Côte d’Ivoire, la coopérative CADESA a franchi une nouvelle étape en lançant la construction de sa propre unité industrielle de transformation. Baptisée CADESA Processing SA, cette infrastructure représente un investissement de 15 millions d’euros et bénéficie de l’appui du Royaume des Pays-Bas à travers le programme Cocoa Tech d’Ivoire. Porté par plus de 4 000 producteurs, le projet illustre l’ambition des acteurs agricoles ivoiriens de ne plus se limiter à la production de fèves, mais de participer directement à la création de valeur industrielle.
La première pierre de cette usine a été posée le 23 juillet 2026 en présence des représentants des ministères du Commerce et de l’Agriculture, des autorités locales ainsi que de l’ambassadeur des Pays-Bas en Côte d’Ivoire, Jeroen Kelderhuis. Prévue pour entrer en activité dans un délai de 24 mois, l’unité disposera d’une capacité initiale de transformation de 15 000 tonnes de cacao par an, avec une possibilité d’extension à 30 000 tonnes. Le complexe devrait générer environ 110 emplois directs et 250 emplois indirects, tout en renforçant l’intégration des producteurs dans la chaîne industrielle.
Ce projet s’inscrit dans la stratégie nationale visant à accroître la transformation locale du cacao, première richesse agricole de la Côte d’Ivoire. Selon les orientations du Plan national de développement (PND) 2026-2030, Abidjan ambitionne de porter la part de cacao transformé localement à 50 % de la production nationale d’ici 2030, contre environ 46 % actuellement. Pour les autorités ivoiriennes, l’enjeu est de retenir davantage de valeur ajoutée sur le territoire, d’améliorer les revenus des producteurs et de développer un tissu industriel capable de répondre aux exigences croissantes du marché mondial.
Premier importateur mondial du cacao ivoirien, le Royaume des Pays-Bas accompagne cette transformation structurelle à travers une approche mêlant commerce, investissement et transfert de compétences. Pour l’ambassadeur néerlandais, une partie des opérations de transformation encore réalisées en Europe doit progressivement être développée dans les pays producteurs afin que les bénéfices économiques de la filière profitent davantage aux agriculteurs locaux. « Nous voulons avancer étape par étape dans la transformation locale afin d’ajouter de la valeur ici », a déclaré Jeroen Kelderhuis, mettant en avant un modèle de coopération destiné à renforcer la compétitivité de la filière ivoirienne.
À travers CADESA Processing SA, les producteurs regroupés au sein d’une coopérative changent ainsi de positionnement stratégique : ils deviennent progressivement des acteurs industriels capables de maîtriser une partie des étapes de transformation. Au-delà de la production agricole, cette évolution traduit la volonté de la Côte d’Ivoire de consolider son leadership mondial dans le cacao en développant une industrie locale plus intégrée, créatrice d’emplois et mieux connectée aux marchés internationaux.
Sorelle Ninguem



