Christol Georges Manon, DG de la Mission d'Aménagement et de Gestion des Zones Industrielles (MAGZI).
La tension monte dans les zones industrielles camerounaises. À travers un communiqué signé à Yaoundé, la MAGZI a choisi une approche offensive pour accélérer le recouvrement de ses créances locatives. L’institution, chargée de la gestion des espaces industriels publics, cible 29 entreprises réparties entre Bassa, Bonabéri et Yaoundé, accusées d’accumuler des retards de paiement jugés significatifs.
Dans le détail, 12 sociétés sont concernées dans la zone de Bassa à Douala, 7 à Bonabéri et 10 dans la capitale politique. Parmi les noms cités figurent des acteurs industriels et de services de premier plan, dont Camtel, opérateur public des télécommunications, mais aussi Biopharma, acteur du secteur pharmaceutique, et Batimetal, spécialisé dans la construction métallique. D’autres entreprises comme CNCC, Solevo ou encore Cameroon Alert System complètent cette liste rendue publique.
Le ton employé par la direction générale est sans ambiguïté. Dans le document daté du 15 mai 2026, le directeur général Christol Georges Manon enjoint les entreprises concernées à « honorer leurs engagements contractuels » et à « s’acquitter des sommes dues au plus tard le 30 mai 2026 ». Passé ce délai, les contrevenants s’exposent à une mesure radicale : la résiliation pure et simple de leurs conventions de bail.
Au-delà de l’injonction administrative, cette sortie traduit un durcissement de la gouvernance des actifs industriels publics. Les zones de Bassa et de Bonabéri, situées dans le principal bassin économique de Douala, concentrent une part importante des activités manufacturières et logistiques du pays. Leur gestion par la MAGZI représente donc un enjeu stratégique pour l’État, tant en matière de recettes locatives que d’attractivité industrielle.
Si le communiqué ne précise pas le montant global des arriérés ni l’ancienneté des dettes, l’ampleur de la liste laisse entrevoir un phénomène structurel plutôt qu’isolé. La présence simultanée d’entreprises publiques, de multinationales et de PME suggère une fragilité transversale des modèles économiques opérant dans ces zones à forte pression foncière.
Cette décision de publicité des noms marque également un tournant dans la méthode de recouvrement. En rendant visibles les entreprises débitrices, la MAGZI introduit une forme de pression réputationnelle, destinée à accélérer les paiements avant l’échéance fixée.
À quelques jours de la date butoir du 30 mai 2026, les regards se tournent désormais vers les entreprises concernées, dont certaines jouent un rôle structurant dans l’économie nationale. Entre impératifs de trésorerie et risques de rupture contractuelle, l’équation s’annonce délicate pour un tissu industriel déjà confronté à des contraintes de compétitivité et de financement. Anatole Bidias



