Perrial Jean Nyodog, président de l’entreprise camerounaise Gulfcam.
Au large du port en eau profonde de Kribi, la silhouette imposante d’un cargo polyvalent contraste avec l’intense activité des terminaux portuaires. Tandis que les grues poursuivent leurs opérations de chargement et que les camions se succèdent sur les axes logistiques, le navire reste immobilisé depuis plusieurs semaines, en attente de son entrée effective en exploitation. Autour du projet CAMSHIP, les discussions techniques et administratives se poursuivent encore entre opérateurs, autorités portuaires et administrations concernées.
Derrière cette attente se dessine pourtant l’un des projets logistiques les plus ambitieux portés ces dernières années par un opérateur maritime camerounais. À travers CAMSHIP, GULFCAM, héritier de la Cameroon Shipping Lines créée en 1974, ambitionne d’assurer des rotations régulières de conteneurs entre Kribi et Douala. Le service prévoit plusieurs départs mensuels et pourrait transporter à terme plusieurs milliers d’unités équivalentes vingt pieds (EVP), contribuant à fluidifier les échanges commerciaux nationaux.
Le dispositif cible principalement les conteneurs dédouanés à Kribi mais destinés à Douala, actuellement acheminés presque exclusivement par la route. Il vise également les cargaisons issues des grandes lignes maritimes internationales ainsi que les besoins des industries installées le long du corridor côtier camerounais, à la recherche d’alternatives logistiques plus compétitives.
Dans les milieux portuaires, le projet est perçu comme un potentiel levier de transformation économique. Sa mise en exploitation pourrait générer des emplois directs dans les activités maritimes, portuaires et logistiques, tout en créant un effet d’entraînement sur l’ensemble de la chaîne de transport. Plusieurs observateurs estiment également qu’une liaison maritime régulière entre Kribi et Douala renforcerait l’attractivité industrielle du Cameroun.
Les retombées fiscales attendues représentent également un enjeu important. Taxes portuaires, droits de manutention et diverses contributions pourraient générer des recettes supplémentaires pour l’État, les autorités portuaires et les collectivités territoriales. Dans ce contexte, l’immobilisation prolongée du navire apparaît comme un manque à gagner pour plusieurs acteurs économiques.
Les promoteurs du projet insistent toutefois sur le fait que CAMSHIP ne cherche pas à concurrencer les grandes compagnies maritimes internationales présentes sur la façade atlantique africaine. Le service entend plutôt assurer une fonction de redistribution locale entre les ports nationaux. Des discussions ont d’ailleurs été engagées avec plusieurs lignes maritimes afin d’étudier des mécanismes de coopération.
Sous la supervision du ministère camerounais des Transports, les autorités travaillent actuellement à la structuration du marché du cabotage, avec l’objectif de garantir un équilibre entre les différents opérateurs et d’assurer la viabilité du dispositif national.
Malgré les lenteurs observées, plusieurs signaux demeurent encourageants. Les procédures douanières ont déjà été validées et certains industriels se disent prêts à utiliser le service dès son lancement effectif. Dans les milieux logistiques, de nombreuses voix estiment désormais qu’il devient urgent de lever les blocages techniques et opérationnels qui freinent encore le projet CAMSHIP, afin de permettre au cargo déjà amarré à Kribi d’entrer enfin en exploitation et d’offrir à l’économie camerounaise les retombées attendues en matière de logistique, d’emplois et de recettes publiques.



