Alassane Ouattara, président de la République de Côte d’ivoire.
Longtemps perçue comme une économie essentiellement agricole, la Côte d’Ivoire poursuit sa mutation industrielle. Selon l’Indice d’industrialisation en Afrique 2025 (IAI 2025) publié par la Banque africaine de développement (BAD), le pays figure désormais parmi les dix économies les plus industrialisées du continent. Avec un score de 0,6173, il occupe le 10e rang africain, gagnant quatre places par rapport à 2010 et devançant désormais plusieurs poids lourds régionaux, notamment le Nigeria et le Ghana.
Cette progression marque une étape importante dans la stratégie de transformation économique engagée par les autorités ivoiriennes depuis plus d’une décennie. Après avoir intégré pour la première fois le quintile supérieur de l’indice en 2023, la Côte d’Ivoire confirme son ascension grâce à une combinaison de croissance soutenue, d’investissements industriels et de diversification productive. Selon la BAD, le pays a enregistré une croissance économique moyenne de 6,5 % sur la période couverte par le Plan national de développement (PND) 2021-2025, tandis que son produit intérieur brut a progressé de 6 % en 2024, un rythme supérieur à la moyenne de l’Afrique subsaharienne.
Au-delà des performances macroéconomiques, c’est la transformation structurelle de l’économie qui retient l’attention des analystes. L’Indice d’industrialisation accorde une importance particulière à la valeur ajoutée manufacturière, qui représente près de la moitié de la note finale. Sur ce terrain, la Côte d’Ivoire bénéficie de sa stratégie de transformation locale des matières premières agricoles. Premier producteur mondial de cacao et acteur majeur de la filière anacarde, le pays multiplie les investissements dans les unités de transformation afin de capter une part plus importante de la valeur ajoutée générée par ces filières.
Cette dynamique a favorisé l’essor du secteur secondaire, dont la contribution au PIB national atteint désormais près de 24 %. L’agro-industrie demeure le principal moteur de cette évolution, mais elle est désormais accompagnée par la montée en puissance des industries extractives, de l’énergie, des matériaux de construction et du bâtiment. Première économie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), la Côte d’Ivoire représente aujourd’hui environ 40 % du PIB de l’Union et plus de 42 % de ses exportations, consolidant son statut de locomotive économique régionale.
À l’échelle continentale, le classement 2025 confirme également un rééquilibrage progressif des pôles industriels africains. Le Maroc occupe désormais la première place devant l’Afrique du Sud, tandis que le Sénégal se hisse au 8e rang. En Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire forme désormais avec Dakar le duo de tête de la sous-région en matière d’industrialisation, illustrant la montée en puissance des économies francophones dans les chaînes de valeur manufacturières africaines.
Cette performance ne masque toutefois pas certains défis. La dette publique ivoirienne est passée d’environ 38 % du PIB en 2019 à près de 60 % en 2024. Les disparités territoriales demeurent également importantes, Abidjan concentrant encore l’essentiel de l’activité industrielle et économique nationale. Par ailleurs, l’économie informelle continue de représenter plus de la moitié de la richesse produite et plus de 90 % des emplois, limitant l’impact de la croissance sur l’ensemble de la population.
Malgré ces fragilités, la BAD considère que la Côte d’Ivoire fait désormais partie des économies africaines les mieux positionnées pour accélérer leur industrialisation. Portée par ses infrastructures, sa stabilité macroéconomique relative et sa volonté de transformer localement ses ressources, elle s’affirme progressivement comme l’un des principaux centres industriels du continent et un modèle de diversification économique en Afrique de l’Ouest.



