Sidi Ould Tah lors des 61es Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement à Brazzaville.
Longtemps exposée aux cycles des matières premières, l’Afrique centrale amorce un redressement modéré mais fragile. Selon la Banque africaine de développement, la croissance régionale devrait atteindre 3,8 % en 2026 puis 4,1 % en 2027, après 3,6 % estimés en 2025. Une trajectoire ascendante, mais encore dépendante des évolutions du marché pétrolier, principal moteur des économies de la CEMAC.
La BAD souligne que cette performance demeure structurellement contrainte par une faible diversification productive. Les économies de la sous-région restent dominées par les hydrocarbures et, dans une moindre mesure, par les industries extractives, avec un tissu manufacturier encore limité. Cette configuration accroît la vulnérabilité aux chocs externes, malgré les efforts engagés pour renforcer les investissements publics et les chaînes de valeur locales.
Les trajectoires nationales illustrent fortement ces déséquilibres. La République démocratique du Congo conserve un profil de forte croissance, soutenue par la vigueur de son secteur minier, notamment le cuivre et le cobalt, tirés par la demande mondiale liée à la transition énergétique. À l’opposé, la Guinée équatoriale poursuit sa contraction économique, avec des prévisions de -1,7 % en 2026 puis -1,4 % en 2027, pénalisée par le déclin structurel de sa production pétrolière.
Dans ce paysage contrasté, le Cameroun confirme son rôle de locomotive régionale avec une croissance projetée à 4 %. Cette dynamique repose sur les infrastructures, les investissements publics et la consommation intérieure. Mais la Banque africaine de développement met en garde contre la persistance des déficits budgétaires et extérieurs, qui continuent de peser sur les équilibres macroéconomiques du pays.
À l’échelle du continent, la BAD anticipe une croissance africaine de 4,2 % en 2026, après 4,4 % en 2025. Malgré les tensions géopolitiques, la volatilité financière et le durcissement des conditions de financement, le continent fait preuve d’une résilience relative, portée par la demande intérieure et certains pôles de croissance sectoriels.
Mais au-delà des chiffres, l’enjeu central reste celui de la mobilisation des ressources internes. L’institution estime que l’Afrique pourrait libérer jusqu’à 1 430 milliards de dollars par an en améliorant sa fiscalité, l’efficacité des investissements publics et la structuration des partenariats public-privé.
Autre levier sous-exploité : l’épargne institutionnelle. Fonds de pension, assureurs et fonds souverains africains gèrent près de 4 000 milliards de dollars d’actifs, dont moins de 2,7 % sont orientés vers les infrastructures et les secteurs productifs. Pour la BAD, cette faiblesse constitue un frein majeur à l’industrialisation et à la transformation structurelle du continent.
Enfin, le rapport identifie plusieurs risques susceptibles de fragiliser cette trajectoire : tensions au Moyen-Orient, instabilité des marchés financiers, hausse des coûts de l’énergie et des engrais, ainsi que durcissement des conditions de financement extérieur. Autant de facteurs qui pourraient ralentir un rebond encore dépendant de variables externes.



