A gauche, Yvon Sana Bangui, Gouverneur de la Beac, a droite Jean-Claude Kassi Brou, Gouverneur de la BCEAO.
Dans les couloirs feutrés de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest à Dakar, les discussions entre les deux principales institutions monétaires de la zone franc CFA ont pris une dimension plus structurée, sans pour autant déboucher sur des annonces opérationnelles immédiates. La rencontre entre les gouverneurs de la BCEAO et de la BEAC s’inscrit dans une dynamique progressive visant à rapprocher deux espaces économiques qui, malgré leur proximité monétaire, fonctionnent encore largement en parallèle.
Au cœur des échanges figurent les transformations profondes des infrastructures financières africaines. Les deux institutions ont notamment examiné l’évolution des chantiers liés à la digitalisation des services bancaires, à l’interconnexion des plateformes de paiement et au renforcement des dispositifs de cybersécurité. Ces axes sont devenus centraux dans un contexte marqué par la montée en puissance des fintechs, l’expansion du mobile money et la nécessité de sécuriser des flux financiers de plus en plus dématérialisés.
Selon les informations issues du communiqué conjoint, les gouverneurs ont également fait le point sur le plan d’actions 2025-2026 adopté à Yaoundé, qui vise à structurer une coopération technique renforcée entre les deux banques centrales. Ce programme couvre plusieurs domaines clés, notamment l’inclusion financière, l’innovation technologique et la modernisation des infrastructures de paiement interbancaire dans les deux zones économiques que sont l’UEMOA et la CEMAC.
Cette convergence intervient dans un environnement macroéconomique sous tension. Les deux sous-régions font face à des défis similaires : volatilité des prix des matières premières, pression inflationniste importée et besoin accru de financement des économies nationales. Dans ce contexte, la modernisation des systèmes financiers apparaît comme un levier essentiel pour améliorer la circulation des capitaux et soutenir la croissance.
Les données publiées par les institutions financières internationales montrent que les paiements numériques connaissent une expansion rapide en Afrique subsaharienne, portée notamment par l’usage massif du téléphone mobile comme outil bancaire principal. Dans plusieurs pays de la région, les transactions via mobile money représentent désormais une part significative des flux financiers informels et formels, obligeant les banques centrales à adapter leurs cadres réglementaires.
Pour autant, la réunion de Dakar n’a pas débouché sur de nouvelles mesures concrètes. Les deux parties ont privilégié une approche de consolidation des acquis, en insistant sur la continuité des travaux techniques déjà engagés. Cette prudence reflète la complexité d’une harmonisation entre deux zones monétaires distinctes, malgré une monnaie commune et des enjeux économiques convergents.
Au-delà des aspects techniques, la BCEAO et la BEAC réaffirment une ambition plus large : faire de leur coopération un levier d’intégration financière régionale. Cette orientation s’inscrit dans les objectifs des communautés économiques UEMOA et CEMAC, qui cherchent à renforcer la stabilité monétaire et à faciliter les échanges intra-africains dans un contexte de fragmentation des marchés financiers.
La prochaine étape de ce processus est déjà fixée. Les deux institutions ont convenu de se retrouver en 2027 au siège de la BEAC, dans le cadre du suivi de leur programme conjoint. D’ici là, les équipes techniques poursuivront le travail d’harmonisation des systèmes de paiement et d’évaluation des réformes engagées, dans un environnement où la transformation digitale continue de redessiner les contours de la finance africaine.



