À Alger, la signature de cet accord marque une étape significative dans la stratégie énergétique du Tchad. Le 23 avril 2026, les autorités tchadiennes et algériennes ont officialisé un partenariat visant la construction d’une nouvelle raffinerie, en présence des présidents Abdelmadjid Tebboune et Mahamat Idriss Déby Itno. Paraphé par la ministre tchadienne du Pétrole, Fatima Haram Acyl, et son homologue algérien Mohamed Arkab, le texte reste encore discret sur les paramètres techniques et financiers du projet, mais il traduit une volonté claire : renforcer l’autonomie énergétique du pays.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte où le Tchad cherche à consolider sa chaîne de valeur pétrolière. Actuellement, la transformation locale repose essentiellement sur la raffinerie de Djermaya, exploitée en partenariat avec CNPC International Chad, et dotée d’une capacité estimée à 20 000 barils par jour. Bien que ce site assure une part significative de l’approvisionnement domestique, il demeure insuffisant pour couvrir l’ensemble des besoins du marché national, encore dépendant des importations de produits raffinés.
Les évolutions récentes du marché illustrent cette fragilité. En mars 2026, les importations de carburants ont enregistré un recul notable, avec une baisse de 19 % pour le gazole et de 30 % pour l’essence, selon l’Autorité de régulation du secteur aval des hydrocarbures. Cette contraction s’accompagne d’un repli de la consommation intérieure, estimé à 7,1 %, dans un contexte marqué par des tensions internationales et des perturbations logistiques. Malgré cela, la production issue de Djermaya continue de jouer un rôle central, couvrant environ 42 % des besoins en gazole et 33 % en essence.
Face à ces déséquilibres, les autorités tchadiennes entendent accélérer le développement de nouvelles infrastructures de raffinage. La future raffinerie, dont les contours restent à préciser, devrait permettre d’augmenter la capacité de transformation locale et de réduire la dépendance aux importations, tout en stabilisant les prix sur le marché intérieur. Cette orientation répond également à une logique de création de valeur ajoutée, en favorisant la transformation du brut sur place plutôt que son exportation à l’état brut.
Au-delà de l’aspect industriel, cet accord s’inscrit dans un cadre plus large de coopération entre le Tchad et l’Algérie. La signature intervient en effet dans le prolongement d’un ensemble de 27 accords couvrant plusieurs secteurs stratégiques, notamment l’énergie, les infrastructures et la formation. Elle reflète également l’intérêt croissant du groupe Sonatrach pour les projets énergétiques en Afrique subsaharienne, avec une perspective de transfert de compétences et de participation technique aux futurs développements.
Dans un environnement marqué par la volatilité des prix du pétrole et les défis liés à la sécurité énergétique, le Tchad cherche ainsi à renforcer sa résilience. Le développement de capacités de raffinage supplémentaires apparaît comme un levier essentiel pour soutenir la croissance économique et améliorer l’équilibre de sa balance commerciale. Toutefois, la réussite du projet dépendra de plusieurs facteurs, notamment la mobilisation des financements, la maîtrise des coûts et la capacité à intégrer efficacement la nouvelle infrastructure dans le dispositif existant.
En misant sur ce partenariat avec l’Algérie, N’Djamena ambitionne de franchir un cap dans la structuration de son secteur pétrolier. Une démarche qui pourrait, à terme, repositionner le pays comme un acteur plus intégré et plus autonome dans l’exploitation de ses ressources énergétiques.



