À Yaoundé, la publication récente des statistiques du commerce extérieur met en lumière une inflexion notable dans la structure des importations alimentaires du Cameroun. En 2025, la facture liée aux achats de riz à l’étranger s’est établie à 268,7 milliards de FCFA, contre un niveau plus élevé l’année précédente, traduisant un repli de 15,6 %. Malgré cette baisse, le riz représente encore 5,1 % des dépenses totales d’importation du pays, confirmant son poids dans la consommation nationale.
Cette tendance s’inscrit dans une dynamique plus large de réorientation des politiques économiques vers l’import-substitution. Les autorités camerounaises multiplient depuis plusieurs années les initiatives pour stimuler la production locale de denrées stratégiques, notamment dans le cadre du Plan intégré d’import-substitution agro-pastorale et halieutique. Selon des données du ministère des Finances, une baisse trimestrielle de 14,2 milliards de FCFA avait déjà été enregistrée en 2025, signalant un ralentissement progressif des achats extérieurs de riz.
L’amélioration de l’offre domestique constitue l’un des principaux facteurs explicatifs de cette évolution. Les projections gouvernementales indiquent une montée en puissance significative de la filière, avec une production nationale attendue à 460 000 tonnes à l’horizon 2027, contre environ 140 710 tonnes en 2024. À plus long terme, les ambitions sont encore plus élevées, avec un objectif de 750 000 tonnes d’ici 2030, correspondant à un taux d’autosuffisance estimé à près de 97 %.
Pour soutenir cette trajectoire, les pouvoirs publics ont mobilisé d’importantes ressources financières. Une enveloppe de 385 milliards de FCFA est prévue dans le cadre de la stratégie nationale de développement de la filière riz. À court terme, un financement de 9 milliards de FCFA a été déployé afin de générer une production additionnelle estimée à 30 000 tonnes dès 2026. Ces appuis bénéficient notamment à des structures telles que la Société d’expansion et de modernisation de la riziculture de Yagoua et l’Upper Nun Valley Development Authority, acteurs clés de la relance agricole.
Malgré ces avancées, le Cameroun reste encore structurellement dépendant des importations pour satisfaire une demande intérieure en constante progression. La consommation nationale de riz dépasse largement les capacités actuelles de production, ce qui maintient une pression sur les importations, même en période de recul. Toutefois, la baisse enregistrée en 2025 traduit un changement progressif de tendance et témoigne de l’impact croissant des politiques publiques sur les équilibres du marché.
Dans ce contexte, la réduction de la facture des importations apparaît comme un levier stratégique pour améliorer la balance commerciale et renforcer la souveraineté alimentaire. La poursuite des investissements dans la production locale, l’amélioration des rendements agricoles et la structuration des chaînes de valeur seront déterminantes pour consolider cette dynamique dans les années à venir.



