Dans le nord du Cameroun, principal bassin de production cotonnière du pays, la Sodecoton est confrontée à un affaiblissement progressif de son potentiel productif. Sur le terrain, les données récentes mettent en évidence une contraction simultanée des superficies cultivées et des rendements, deux indicateurs clés de la performance agricole. En l’espace de deux campagnes, les surfaces emblavées sont passées de 234 000 hectares à environ 197 000 hectares, confirmant une perte nette estimée à 37 000 hectares.
Une partie de ces terres est désormais définitivement sortie du circuit de production. En 2024, près de 11 000 hectares ont été totalement détruits, tandis que 17 000 hectares supplémentaires ont été fortement dégradés. Ces pertes s’expliquent en grande partie par la recrudescence des aléas climatiques, marqués par des pluies intenses et des inondations récurrentes entre août et septembre, qui perturbent les cycles agricoles et fragilisent les exploitations.
À ces contraintes s’ajoute une pression parasitaire persistante, notamment liée aux jassides, des insectes ravageurs qui affectent directement les plants de coton. Leur prolifération a un impact significatif sur les rendements, qui ont chuté de 1 600 kilogrammes par hectare à environ 1 300 kg en deux campagnes. Même les parcelles maintenues en production enregistrent une baisse de productivité, réduisant mécaniquement les volumes récoltés.
Les conséquences économiques de cette situation sont lourdes pour la Sodecoton. La combinaison de la baisse des superficies et du recul des rendements se traduit par des pertes annuelles estimées à plus de 10 milliards FCFA. Cette contraction de la production affecte directement les revenus des producteurs, fragilise les exploitations agricoles et déséquilibre le système de financement de la filière. Les arriérés de remboursement atteignent ainsi près de 2 milliards de FCFA, traduisant les difficultés croissantes des cotonculteurs à honorer leurs engagements.
Dans ce contexte déjà contraint, la filière doit également composer avec un environnement international défavorable. Les prix de la fibre de coton évoluent à des niveaux bas depuis plusieurs mois, autour de 890 FCFA le kilogramme, soit en dessous des coûts de production. Cette situation place les industriels dans une position délicate, où la rentabilité devient difficile à maintenir, malgré les efforts d’optimisation.
Face à ces défis, les perspectives de relance apparaissent incertaines. Les objectifs de production, fixés à 440 000 tonnes à court terme et 600 000 tonnes à l’horizon 2030, restent conditionnés à une amélioration rapide des conditions de production. Sans stabilisation des superficies et redressement des rendements, la dynamique actuelle pourrait continuer à peser sur les performances du secteur.
Dans cette région où le coton constitue un pilier économique majeur, la dégradation de la filière dépasse le seul cadre agricole. Elle impacte l’ensemble du tissu socio-économique local, mettant en lumière l’urgence d’une réponse coordonnée pour préserver la capacité productive et soutenir les acteurs de la chaîne de valeur.



