Dans un contexte où la transformation industrielle du Cameroun reste contrainte par un déficit structurel de compétences, le PEAC s’impose comme l’un des leviers majeurs de la politique publique de l’emploi. L’enjeu dépasse la seule formation : il s’agit de rapprocher durablement les systèmes éducatifs des besoins réels de l’économie productive.
Conçu avec l’appui technique et financier de la Banque africaine de développement, le programme cible les chaînes de valeur prioritaires de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), notamment le BTP, l’énergie, l’agro-industrie, les transports, le numérique et les métiers verts. L’objectif affiché est de produire une main-d’œuvre qualifiée, immédiatement opérationnelle et adaptée aux exigences de l’industrialisation.
Le dispositif repose sur une approche territoriale couvrant cinq régions clés – Centre, Littoral, Sud, Sud-Ouest et Extrême-Nord – afin de réduire les déséquilibres en matière d’accès à la formation qualifiante et de rapprocher les centres de compétences des zones de production économique.
Sur le plan infrastructurel, le PEAC prévoit la construction de trois centres de formation spécialisés à Akonolinga, Kousseri et Kribi, ainsi qu’un Village des métiers à Soa. Un Centre national de certification et de qualification (CNCQ) sera également érigé à Yaoundé afin d’harmoniser les standards de compétences et de garantir une meilleure lisibilité des qualifications sur le marché du travail.
Le programme inclut en parallèle la réhabilitation de 11 structures de formation existantes, publiques et privées, dans une logique de modernisation de l’offre pédagogique. Selon les projections du projet, environ 1 500 apprenants en fin de cycle seront placés en immersion professionnelle, tandis que 500 jeunes primo-demandeurs d’emploi bénéficieront d’un accompagnement direct à l’insertion.
L’entrepreneuriat constitue un autre pilier central du PEAC. Le programme prévoit l’accompagnement de 1 225 jeunes au sein de neuf incubateurs et le financement d’environ 1 000 projets et start-up. Une attention particulière est accordée à l’inclusion économique des femmes, avec le soutien de 500 projets verts orientés vers la transition environnementale.
À l’échelle macroéconomique, la Banque africaine de développement estime que le programme pourrait contribuer à la création d’environ 28 000 emplois à l’horizon 2050, soit une moyenne de 1 120 emplois par an sur la période 2027–2050.
Mais au-delà des ambitions chiffrées, le défi majeur reste celui de l’efficacité. Pour les experts du secteur, la réussite du PEAC dépendra de sa capacité à transformer les investissements en compétences réellement mobilisables sur le marché du travail, dans un contexte où l’inadéquation entre formation et emploi continue de freiner la compétitivité industrielle.
Le secteur privé est appelé à jouer un rôle déterminant dans cette dynamique, notamment à travers la gestion déléguée de centres de formation, la mobilisation de financements via un fonds dédié et l’appui aux initiatives entrepreneuriales des jeunes.
En cohérence avec la SND30, le PEAC se positionne ainsi comme un instrument de transformation structurelle, où le capital humain devient un facteur central de compétitivité économique. Sa mise en œuvre effective constituera un test décisif pour la capacité du Cameroun à traduire ses ambitions industrielles en opportunités concrètes pour sa jeunesse.



