Célestin Guela Simo, Directeur général de Afriland First Bank.
À l’heure où la zone CEMAC cherche à renforcer son attractivité économique, une faiblesse structurelle demeure largement sous-estimée : l’insuffisance d’une presse économique crédible, capable d’éclairer les dynamiques de marché. Dans une analyse publiée à Yaoundé, Célestin Guela Simo souligne que l’information économique constitue une infrastructure essentielle, au même titre que les systèmes financiers ou les cadres réglementaires. Sans elle, les économies évoluent dans un environnement marqué par l’opacité et l’incertitude.
Dans les six pays de la CEMAC, où les besoins en financement se chiffrent en milliards de dollars pour soutenir les infrastructures et l’industrialisation, la qualité de l’information devient un facteur déterminant. Pourtant, une grande partie des analyses économiques sur la sous-région continue d’être produite par des médias internationaux, laissant un vide en matière de lecture locale des réalités économiques. Cette dépendance informationnelle limite la compréhension des opportunités d’investissement et affaiblit la souveraineté narrative des États.
Pour l’auteur, la presse économique ne relève pas d’un simple outil de communication. Elle joue un rôle structurant dans la formation des anticipations des acteurs économiques, la diffusion de la culture financière et la prévention des crises. Dans un environnement où une rumeur sur la solidité d’une banque peut provoquer des mouvements de panique, l’existence d’une information fiable et vérifiée devient un facteur de stabilité systémique. La presse spécialisée agit ainsi comme un amortisseur face aux chocs informationnels.
Au-delà de la stabilité, l’enjeu est également pédagogique. Dans une région où le taux de bancarisation reste faible et où l’accès aux marchés financiers demeure limité pour les PME, la vulgarisation des mécanismes économiques apparaît essentielle. Une presse économique solide peut contribuer à améliorer la compréhension des produits financiers, à renforcer la confiance des épargnants et à accompagner les entreprises dans leur accès au financement.
Cependant, l’engagement des acteurs financiers doit répondre à des principes clairs. Célestin Guela Simo met en garde contre les risques de dépendance éditoriale, soulignant qu’un soutien mal encadré pourrait fragiliser l’indépendance des médias. Il plaide pour des partenariats transparents, fondés sur la qualité de l’analyse et le respect de la déontologie, afin d’éviter toute confusion entre information et communication.
Pour structurer un écosystème durable, trois leviers sont identifiés. Le premier concerne l’accès à l’information : permettre aux journalistes économiques d’échanger avec les décideurs et d’accéder aux données sectorielles. Le deuxième repose sur la formation, indispensable pour maîtriser des sujets complexes tels que la réglementation bancaire ou les normes financières internationales. Enfin, le troisième levier porte sur l’incitation à l’excellence, notamment à travers la création de distinctions valorisant les meilleures productions journalistiques.
À travers cette tribune, le dirigeant d’Afriland First Bank appelle à une mobilisation collective des banques, des régulateurs et des investisseurs. L’enjeu dépasse le secteur des médias pour toucher à la compétitivité globale de la sous-région. Une information économique de qualité peut renforcer la confiance, attirer les capitaux et améliorer la prise de décision publique comme privée.
Dans un contexte de transformation économique accélérée, la presse spécialisée apparaît ainsi comme un maillon indispensable de l’architecture financière régionale. Pour la CEMAC, le défi n’est plus seulement de financer la croissance, mais aussi de mieux la raconter, l’expliquer et la rendre lisible à l’échelle locale et internationale. Raphael Mforlem




