Grégory Clerc, PDG du Groupe Castel
(LVDE) — Coup de théâtre dans l’empire Castel. Dans un contexte de tensions persistantes entre la famille fondatrice et la direction exécutive, le directeur général du groupe, Grégory Clerc, a été retiré de son poste de membre du conseil d’administration d’une holding stratégique enregistrée à Singapour, illustrant l’intensification d’une crise de gouvernance qui secoue l’un des géants mondiaux des boissons.
La crise qui mine le groupe Castel, l’un des leaders mondiaux du vin, de la bière et des boissons, a franchi une nouvelle étape début février 2026 avec l’éviction de son directeur général, Grégory Clerc, du conseil d’administration d’une holding clé basée à Singapour. Cette décision, prise lors d’une assemblée générale extraordinaire tenue par les héritiers de la famille Castel, reflète un bras de fer ouvert entre la direction actuelle et la famille fondatrice, qui détient encore une influence considérable sur la gouvernance du groupe.
Selon les informations relayées par la presse internationale, dont The Business Times, Grégory Clerc, qui occupait également des fonctions de direction dans l’entité Investment Beverage Business Management (IBBM), a été conduit à quitter le conseil de cette structure singapourienne à la suite d’un vote soutenu par Romy Castel, fille de Pierre Castel, et son cousin Alain Castel. Ces derniers cherchent à réorienter les instances dirigeantes du groupe, estimant que la gouvernance actuelle manque de transparence et d’éthique — reproches qui alimentent un conflit d’une rare intensité pour une entreprise familiale de cette taille.
La bataille au sommet du groupe avait déjà éclaté publiquement ces derniers mois. En janvier 2026, une assemblée générale extraordinaire avait été convoquée à Singapour pour envisager la révocation de Clerc, mais celle‑ci n’avait pas abouti en raison, selon la famille, de manœuvres dilatoires visant à retarder le processus. La fronde avait été qualifiée de tentative de récupération de contrôle et d’influence au sein d’une structure internationale essentielle pour coordonner la stratégie mondiale de Castel.
Le désaccord remonte à la nomination de Grégory Clerc comme directeur général en 2023. Ancien avocat fiscaliste proche du fondateur Pierre Castel, aujourd’hui âgé de 99 ans, Clerc avait pris les rênes opérationnelles du groupe, devenant ainsi l’un des rares dirigeants à venir de l’extérieur de la famille. Depuis, ses décisions ont suscité des critiques de plusieurs héritiers, qui lui reprochent notamment une concentration des pouvoirs et une vision stratégique contestée.
La présence du siège de holding à Singapour s’explique par la structure internationale complexe de Castel, qui utilise cette juridiction comme plateforme de gestion financière et d’investissement pour ses nombreuses filiales à travers le monde, notamment en Afrique, en Europe et en Asie. Dans cette configuration, la position de directeur au sein de la holding singapourienne est perçue comme un levier de pilotage essentiel des orientations stratégiques du conglomérat.
La décision de retirer Grégory Clerc du conseil d’administration survient alors que les héritiers multiplient les efforts pour reprendre la main sur les actifs du groupe. Romy Castel, appuyée par Alain Castel, affirme qu’un renouvellement des organes de gouvernance est indispensable pour restaurer un fonctionnement conforme à ce qu’ils considèrent comme les valeurs fondatrices du groupe familial.
Derrière cette crise se profilent des enjeux majeurs : la succession à Pierre Castel, l’avenir stratégique du groupe, la gestion des filiales africaines et leur rôle dans l’économie locale, ainsi que l’équilibre entre performance financière et respect des traditions familiales. Castel, employant des dizaines de milliers de personnes et présent sur des dizaines de marchés à travers le monde, est sous les feux des projecteurs, entre défis de gouvernance et attentes des marchés.
Dans les prochaines semaines, l’évolution de cette crise pourrait redessiner les contours du pouvoir au sein du groupe Castel, influençant durablement la gestion de cette multinationale emblématique du secteur des boissons et plaçant la gouvernance familiale au cœur d’une bataille décisive pour l’avenir de l’entreprise.
Amelie Yandal


