Sur le marché camerounais des boissons, la bataille pour les parts de marché ne se joue plus uniquement dans les segments des bières et boissons gazeuses. Le secteur de l’eau minérale, porté par la croissance démographique, l’urbanisation et l’évolution des habitudes de consommation, devient progressivement l’un des espaces les plus compétitifs de l’industrie agroalimentaire nationale. Dans cet environnement en mutation, la Société des Eaux Minérales du Cameroun (SEMC), filiale de Boissons du Cameroun, affiche en 2025 un retour à une dynamique de croissance de ses résultats financiers.
Selon les projets de résolutions soumis aux actionnaires en vue de l’Assemblée générale mixte prévue le 5 juin 2026 à Douala, l’entreprise a réalisé un bénéfice net de 899,5 millions de FCFA selon les normes comptables internationales IFRS, contre 772,2 millions FCFA en 2024. Cette progression représente une hausse de près de 127,3 millions FCFA sur un an, après une période marquée par un ralentissement de la rentabilité.
L’exercice précédent avait été particulièrement affecté par l’augmentation des charges d’exploitation. Les coûts liés au transport, à l’énergie, aux services extérieurs ainsi qu’à l’approvisionnement en matières premières avaient fortement pesé sur les marges de la société. Comme plusieurs acteurs industriels opérant au Cameroun, la SEMC a dû composer avec la hausse des coûts logistiques et les tensions inflationnistes observées sur plusieurs segments de l’économie.
Les documents financiers préparatoires à l’Assemblée générale révèlent également un bénéfice net de 840,6 millions FCFA selon le référentiel comptable Syscohada. L’écart avec les résultats publiés sous normes IFRS s’explique principalement par des différences de traitement comptable liées aux provisions, aux amortissements et à certains retraitements financiers appliqués par les deux référentiels.
Fort de cette amélioration des résultats, le Conseil d’administration propose aux actionnaires le versement d’un dividende brut de 800 FCFA par action au titre de l’exercice 2025. Avec un capital composé de 192 473 actions, l’enveloppe globale destinée à la distribution avoisinerait 154 millions FCFA. Après prélèvement de l’Impôt sur le Revenu des Capitaux Mobiliers (IRCM), le dividende net ressortirait à 720 FCFA pour les actionnaires résidents au Cameroun.
Malgré cette rémunération des actionnaires, l’entreprise entend conserver une large partie de ses bénéfices afin de consolider ses capacités financières. Selon le projet d’affectation du résultat, près de 1,8 milliard FCFA devraient être maintenus en report à nouveau sur un bénéfice distribuable total supérieur à 2 milliards FCFA. Une orientation qui traduit une stratégie de prudence financière dans un marché devenu beaucoup plus concurrentiel.
Longtemps dominée par Tangui, marque historique de la SEMC, l’industrie camerounaise de l’eau minérale connaît depuis plusieurs années une intensification de la concurrence avec la montée en puissance de nouveaux opérateurs locaux et régionaux. Source du Pays s’est notamment imposée comme l’un des principaux concurrents sur ce segment, dans un marché où la consommation d’eau embouteillée progresse régulièrement sous l’effet des enjeux sanitaires et de l’évolution des habitudes urbaines.
Selon plusieurs études de marché, la consommation d’eau conditionnée continue d’augmenter dans les grandes métropoles camerounaises, notamment à Douala et Yaoundé, où la croissance urbaine exerce une pression croissante sur les infrastructures publiques d’approvisionnement en eau potable. Cette évolution favorise l’expansion des producteurs privés d’eaux minérales et accentue la compétition sur les réseaux de distribution modernes et traditionnels.
Cotée à la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (Bvmac), la SEMC figure parmi les rares entreprises industrielles camerounaises présentes sur le marché financier régional. Son titre s’échange actuellement autour de 49 000 FCFA, traduisant une relative stabilité boursière dans un environnement économique encore marqué par les tensions inflationnistes et le ralentissement de certains segments de consommation.
À travers cette amélioration de ses performances financières, la filiale de Boissons du Cameroun confirme ainsi sa volonté de consolider ses positions sur un marché des eaux minérales devenu stratégique dans l’industrie agroalimentaire camerounaise.



