À Douala, la bataille de la compétitivité portuaire se joue désormais autant sur les infrastructures que sur les mécanismes commerciaux. En reconduisant une enveloppe de 2 milliards de FCFA de ristournes pour l’exercice 2025, la Régie du Terminal à Conteneurs (RTC SA) confirme sa stratégie d’incitation destinée aux opérateurs qui alimentent le trafic du principal port camerounais. Cette politique intervient dans un environnement régional marqué par la montée en puissance des plateformes concurrentes, notamment Kribi, Pointe-Noire et Lagos.
Le dispositif maintient une architecture de répartition largement favorable aux chargeurs. Sur l’enveloppe globale, 80 % – soit 1,6 milliard de FCFA – sont destinés aux importateurs et exportateurs, tandis que les armateurs captent 20 %, représentant 400 millions de FCFA. À travers cette approche, la RTC cherche à consolider les flux commerciaux transitant par Douala-Bonabéri, principal corridor logistique des économies de la CEMAC et de l’hinterland sahélien.
Dans le détail, les exportateurs bénéficient de la part la plus importante, avec 1,04 milliard de FCFA, contre 560 millions alloués aux importateurs. La clé de répartition maintient une ventilation de 75 % pour les opérateurs nationaux et 25 % pour les chargeurs de l’hinterland, notamment ceux du Tchad et de la République centrafricaine. Cette orientation confirme le rôle stratégique du port de Douala dans les échanges régionaux, alors qu’une part significative du commerce extérieur de ces pays enclavés dépend des infrastructures camerounaises.
La RTC a également durci les critères d’éligibilité afin de concentrer les ristournes sur les opérateurs les plus actifs. Les compagnies maritimes devront désormais atteindre un seuil minimal de 10 500 EVP pleins en opérations de chargement et de déchargement. Pour les chargeurs, les seuils varient selon les catégories : 546 EVP pour les importateurs nationaux, 192 pour ceux de l’hinterland, 320 pour les exportateurs nationaux et 90 pour les exportateurs sahéliens. Une grille pensée pour préserver l’attractivité régionale du terminal sans exclure les opérateurs confrontés à des contraintes logistiques plus lourdes.
Mais l’innovation majeure réside dans le mécanisme de bonus-malus introduit sur les temps de séjour des conteneurs à l’import. Les opérateurs capables de sortir leurs marchandises en moins de sept jours bénéficieront d’une bonification de 5 %, tandis que les longs séjours seront pénalisés jusqu’à 10 %. La mesure vise clairement à réduire la congestion chronique observée depuis plusieurs années sur les parcs à conteneurs de Douala-Bonabéri, où les délais de rotation demeurent un sujet de préoccupation pour les acteurs du commerce extérieur.
Depuis trois ans, plus de 6 milliards de FCFA ont déjà été redistribués aux opérateurs portuaires par la RTC. Dans le même temps, le trafic conteneurisé est passé de 320 000 à près de 380 000 unités annuelles, tandis que les redevances reversées au PAD ont atteint environ 20 milliards de FCFA en 2024. Ces performances traduisent la volonté de la filiale portuaire de préserver la position de Douala comme principal hub maritime d’Afrique centrale, malgré les défis liés à la saturation des capacités et à la concurrence croissante des nouveaux terminaux régionaux.
À travers cette politique de ristournes, la RTC ne cherche plus seulement à fidéliser sa clientèle. Elle tente désormais d’imposer une logique de performance logistique dans un secteur où rapidité de traitement, fluidité douanière et compétitivité tarifaire deviennent des leviers déterminants dans la redistribution des flux commerciaux régionaux.



