Dans le bassin profond de Tano, au large d’Abidjan, le projet Baleine s’impose désormais comme l’un des symboles de la montée en puissance pétrolière ivoirienne. Le 25 mai 2026, Eni, Vitol et Petroci Holding ont officialisé la décision finale d’investissement de la troisième phase du gisement, scellant un engagement financier estimé à 4 milliards de dollars, soit plus de 2 200 milliards de FCFA.
Cette nouvelle étape industrielle, la plus ambitieuse depuis le lancement du projet, doit permettre une transformation structurelle des capacités de production. Le consortium vise une montée en régime de 60 000 à 150 000 barils de pétrole par jour, tandis que la production gazière devrait progresser de 80 à 200 millions de pieds cubes quotidiens. Une évolution qui placerait Baleine parmi les principaux pôles pétroliers offshore d’Afrique de l’Ouest.
Porté par une architecture capitalistique dominée par Eni (47,25 %), Vitol (30 %) et Petroci pour le solde, le projet illustre l’équilibre entre majors internationales et acteur national. Selon les opérateurs, cette phase repose sur le déploiement d’une nouvelle unité flottante de production, de stockage et de déchargement (FPSO), conçue pour améliorer la performance opérationnelle tout en réduisant l’empreinte carbone des installations offshore.
Pour Claudio Descalzi, directeur général d’Eni, cette montée en puissance s’inscrit dans une stratégie de long terme : renforcer la sécurité énergétique, soutenir le développement économique local et accélérer la transition vers une production à faibles émissions.
Découvert en 2021 dans le bloc CI-101, à environ 70 kilomètres des côtes ivoiriennes par 1 200 mètres de profondeur, le champ Baleine a rapidement changé d’échelle. La première production a démarré en 2023, suivie d’une phase 2 fin 2024, qui a déjà permis d’atteindre plus de 62 000 barils de pétrole par jour et 75 millions de pieds cubes de gaz.
Cette deuxième étape avait notamment introduit le FPSO Petrojarl Kong et le FSO Yamoussoukro, renforçant la chaîne logistique offshore. Elle a également dépassé les projections initiales, confirmant le potentiel du gisement dans un contexte de forte demande énergétique régionale.
Avec cette nouvelle enveloppe d’investissement, la Côte d’Ivoire consolide sa trajectoire ascendante dans les hydrocarbures. En 2024, la production nationale s’établissait à 6,1 millions de barils de pétrole brut et 2,4 milliards de m³ de gaz naturel, un niveau appelé à croître significativement avec la montée en puissance de Baleine.
Le projet s’inscrit aussi dans une dynamique d’expansion du portefeuille d’Eni dans le pays. Présent depuis 2015, le groupe italien a investi dans une dizaine de blocs en eaux profondes en partenariat avec Petroci, avec une production actuelle estimée à 22 000 barils équivalent pétrole par jour hors Baleine.
Au-delà des chiffres, cette troisième phase marque une inflexion stratégique : celle d’une Côte d’Ivoire qui ambitionne de devenir un acteur majeur du pétrole offshore en Afrique de l’Ouest, tout en cherchant à équilibrer exploitation des ressources et transition énergétique. Sorelle Ninguem



