Le Gabon veut désormais exporter davantage de valeur que de minerai brut. En scellant, le 20 juillet 2026 à Paris, un protocole d’accord avec l’État gabonais, le groupe minier français Eramet engage un tournant majeur dans sa stratégie industrielle. À travers sa filiale Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), premier producteur mondial de manganèse à haute teneur, l’entreprise prévoit de porter ses capacités de transformation locale à 700 000 tonnes par an d’ici à 2031, contre des volumes nettement inférieurs aujourd’hui.
Au-delà d’un simple investissement industriel, ce projet traduit la volonté commune de Libreville et d’Eramet de repositionner le Gabon dans la chaîne mondiale de valeur des métaux stratégiques. Longtemps exporté sous forme de minerai, le manganèse gabonais est appelé à être davantage transformé sur place afin de générer plus de valeur ajoutée, d’emplois qualifiés et de recettes industrielles.
La feuille de route prévoit notamment l’étude d’une unité de production d’oxyde de manganèse près de Libreville. Destinée à approvisionner les marchés des batteries électriques, des aciers spéciaux et d’autres applications industrielles à forte valeur ajoutée, cette installation pourrait entrer en service à partir de 2028. Eramet prévoit également de moderniser le Complexe métallurgique de Moanda (CMM) afin d’améliorer les performances de son outil industriel et d’accroître les volumes transformés localement.
Cette stratégie accompagne les ambitions du gouvernement gabonais, qui souhaite mettre fin à la dépendance vis-à-vis des exportations de matières premières peu transformées. Le pays figure parmi les principaux producteurs mondiaux de manganèse grâce au gisement de Moanda, exploité par Comilog, dont la production se chiffre à plusieurs millions de tonnes par an. L’enjeu consiste désormais à convertir cette richesse minière en levier d’industrialisation.
Pour Eramet, ce virage répond également aux mutations du marché mondial. Le manganèse est devenu un métal stratégique, utilisé dans la fabrication des aciers à haute résistance mais aussi dans certaines technologies liées à la transition énergétique, notamment les batteries. En renforçant ses capacités de transformation au Gabon, le groupe entend consolider sa position sur ces marchés en pleine expansion tout en répondant aux attentes des autorités gabonaises en matière de contenu local.
La réussite du projet dépendra toutefois de plusieurs facteurs : la disponibilité d’une énergie compétitive, le développement des infrastructures logistiques, la montée en compétences de la main-d’œuvre locale et la sécurisation des investissements industriels. Si ces conditions sont réunies, le Gabon pourrait franchir une étape décisive dans sa politique de transformation locale des ressources minières.
Avec cet engagement, Eramet ne se contente plus d’exploiter l’un des plus grands gisements de manganèse au monde. Le groupe participe désormais à la construction d’un modèle industriel que Libreville espère ériger en référence pour l’ensemble de son secteur minier.
Sorelle Ninguem



