Le marché camerounais du ciment démarre l’année 2026 sous tension. Les deux principaux opérateurs suivis par le Comité national économique et financier (CNEF), Cimencam et Dangote Cement Cameroon, ont enregistré une baisse simultanée de leurs performances commerciales au premier trimestre. Entre janvier et mars 2026, leurs ventes cumulées se sont établies à 677 392 tonnes, contre 771 018 tonnes sur la même période en 2025, soit un recul de 93 626 tonnes.
Cette contraction concerne également la production. Les volumes fabriqués par les deux entreprises sont passés de 819 808 tonnes au premier trimestre 2025 à 713 608 tonnes en 2026, soit une baisse de 13 %. Dans le détail, Cimencam a produit 420 608 tonnes contre 461 808 tonnes un an auparavant (-8,9 %) et vendu 377 392 tonnes sur le marché local, contre environ 415 210 tonnes précédemment (-9,1 %). Malgré ce repli, la filiale du groupe LafargeHolcim demeure l’un des principaux acteurs de la construction au Cameroun.
Chez Dangote Cement Cameroon, le recul apparaît plus prononcé. La production est passée de 358 000 tonnes à 293 000 tonnes, soit une diminution de 18,2 %. Les ventes locales ont atteint 300 000 tonnes contre environ 356 000 tonnes un an plus tôt. Dans ses résultats publiés en avril 2026, le groupe Dangote Cement explique cette évolution par un ralentissement de l’activité de construction, lié notamment aux retards dans certaines dépenses publiques et à un rythme moins soutenu des projets d’infrastructures.
Cette baisse intervient alors que le secteur connaît une intensification de la concurrence avec l’arrivée de nouveaux producteurs et l’augmentation progressive des capacités installées. Les performances des deux cimentiers peuvent s’expliquer par plusieurs facteurs : ralentissement temporaire de la demande, ajustement des stocks, contraintes opérationnelles ou évolution des parts de marché. Toutefois, faute de données couvrant l’ensemble des opérateurs, il reste difficile d’établir une contraction globale du marché camerounais.
Les exportations suivent également une tendance baissière. Sur le périmètre analysé par le CNEF, elles se sont établies à 46 681 tonnes au premier trimestre 2026, contre 56 818 tonnes un an auparavant, soit un recul de 17,8 %. Cimencam représente l’essentiel de ces expéditions avec 46 381 tonnes, tandis que Dangote Cement affiche 300 tonnes. Ces données doivent néanmoins être rapprochées des statistiques douanières de l’Institut national de la statistique (INS), qui présentent des écarts nécessitant une consolidation.
Malgré ce ralentissement ponctuel, le ciment reste un secteur stratégique pour l’économie camerounaise, porté par les besoins en infrastructures, logements et grands projets publics et privés. Pour les industriels, l’enjeu consiste désormais à adapter leurs stratégies commerciales et productives dans un environnement plus concurrentiel, tout en profitant de la reprise attendue des investissements structurants.
Anatole Bidias



