Dans le bassin sédimentaire offshore de Douala, à une profondeur d’environ 80 mètres, la Guinée équatoriale tente de raviver une dynamique énergétique fragilisée par plus d’une décennie de déclin. L’approbation officielle de l’entrée de Fuhai (Beijing) Energy sur le bloc EG-08 marque une nouvelle étape dans la stratégie de diversification des partenaires techniques et financiers du pays, fortement dépendant de ses ressources hydrocarbures.
L’accord repose sur une architecture contractuelle soigneusement calibrée. Le groupe chinois prend 40 % de participation dans le contrat de partage de production, tandis qu’Antler Global conserve également 40 % en tant qu’opérateur. La société nationale GEPetrol maintient ses 20 % historiques sans contribution financière directe, confirmant le rôle central de l’État dans la gouvernance du secteur pétrolier.
Le montage financier prévoit un portage quasi intégral du premier forage par Fuhai Energy, à hauteur de 95 % des coûts, dans la limite de 53 millions de dollars. Les 5 % restants sont assumés par Antler Global. En cas de dépassement budgétaire, les dépenses additionnelles seront partagées à parts égales entre les partenaires. Ce mécanisme réduit considérablement l’exposition financière de l’opérateur historique tout en accélérant le lancement de la campagne exploratoire.
Mais un verrou subsiste : l’obtention de l’autorisation d’investissement direct à l’étranger délivrée par la province chinoise du Shandong. Sans ce feu vert, le démarrage du forage du puits Barracuda-1, prévu au plus tôt début 2027, reste suspendu. Une fois cette étape franchie, les partenaires prévoient de mobiliser une plateforme de forage offshore pour une campagne très attendue par Malabo.
Les premiers travaux sismiques 3D réalisés sur le bloc EG-08 ont révélé trois structures prometteuses. Le prospect Barracuda, considéré comme le plus avancé, affiche à lui seul un potentiel estimé à 893 milliards de pieds cubes de gaz équivalent. L’ensemble du bloc pourrait contenir jusqu’à 2,2 trillions de pieds cubes, selon les évaluations techniques d’Europa Oil & Gas, partenaire indirect du projet via Antler Global.

La proximité du bloc avec des infrastructures déjà opérées par Chevron constitue un avantage stratégique majeur. Elle devrait permettre de réduire les coûts de développement et d’accélérer une éventuelle mise en production, un facteur décisif dans un contexte de rationalisation des investissements offshore en Afrique de l’Ouest.
Pour les autorités équato-guinéennes, l’enjeu dépasse largement la seule exploration. La production nationale de pétrole est passée de 241 000 barils par jour en 2010 à environ 55 000 barils en 2023, selon les données de l’OPEP. Ce déclin structurel a entraîné le retrait progressif de plusieurs majors, dont ExxonMobil, qui a cédé ses actifs à GEPetrol en 2024 après près de trente ans de présence.
Dans ce contexte, les hydrocarbures continuent de représenter près de 42 % du PIB, 95 % des exportations et environ 90 % des recettes publiques, selon la Banque africaine de développement. Une dépendance qui rend chaque projet d’exploration stratégique pour la stabilité macroéconomique du pays.
Consciente de cette vulnérabilité, Malabo a lancé le programme EGRonda 2026, un vaste cycle d’attribution de 24 blocs offshore prévu entre avril et novembre 2026. L’objectif est clair : attirer de nouveaux investisseurs internationaux et relancer la production nationale. L’entrée de Fuhai sur le bloc EG-08 apparaît ainsi comme un test grandeur nature de l’attractivité retrouvée du secteur pétrolier équato-guinéen.
Au-delà des considérations techniques, ce partenariat sino-africain illustre une recomposition progressive des équilibres énergétiques dans le golfe de Guinée, où les acteurs asiatiques renforcent leur présence face au retrait des majors occidentales traditionnelles.



