Sous la chaleur humide du littoral camerounais, les gigantesques grues du terminal à conteneurs de Kribi poursuivent leur ballet mécanique au rythme des escales maritimes venues d’Asie, d’Europe et de plusieurs ports africains. Sur les vastes plateformes de stockage, les conteneurs s’empilent à perte de vue tandis que les camions assurent un va-et-vient continu entre les quais et les zones logistiques. Au loin, les silhouettes imposantes des porte-conteneurs géants rappellent la montée en puissance progressive du port camerounais dans les échanges maritimes régionaux.
Dans cet environnement marqué par l’accélération du trafic portuaire, Kribi Conteneurs Terminal (KCT) prépare déjà une nouvelle étape de développement destinée à renforcer les capacités logistiques de la plateforme. L’opérateur envisage l’aménagement de huit hectares supplémentaires de surfaces de stockage afin de porter la capacité dynamique annuelle théorique du terminal d’environ 820 000 EVP à près de 1,2 million d’EVP.
Pour conduire cette nouvelle extension, KCT privilégie à nouveau China Harbour Engineering Company (CHEC), le groupe chinois devenu au fil des années l’un des principaux partenaires techniques du Cameroun dans le développement du complexe industrialo-portuaire de Kribi. Les discussions entre les deux parties sont déjà à un stade avancé, même si aucun accord définitif n’a encore été officiellement signé.
Dans les milieux portuaires, cette orientation apparaît comme la continuité logique d’une coopération engagée depuis plus de quinze ans. Filiale du géant public China Communications Construction Company (CCCC), CHEC avait déjà assuré la construction de la première phase du port en eau profonde de Kribi pour un coût estimé à près de 500 millions de dollars. Réalisé selon le modèle EPC (Engineering, Procurement and Construction), ce premier chantier avait permis la mise en service du terminal à conteneurs initial, doté d’un quai de 350 mètres et d’un chenal d’accès dragué à 16 mètres de profondeur.
Face à la croissance progressive des activités portuaires, le gouvernement camerounais avait ensuite reconduit le groupe chinois pour la deuxième phase du projet, lancée en décembre 2019. Financée majoritairement par la China Eximbank à hauteur de 85 %, cette nouvelle étape, évaluée à environ 793 millions de dollars, a permis l’extension des infrastructures portuaires avec de nouveaux postes d’accostage, l’élargissement des zones logistiques et l’augmentation du linéaire total de quai à 715 mètres. Les travaux ont été techniquement réceptionnés en février 2025.
Au-delà du terminal portuaire, l’empreinte de CHEC s’étend également aux infrastructures connexes du corridor logistique de Kribi. Le groupe chinois a notamment participé à la construction de l’autoroute Kribi-Lolabé destinée à améliorer la desserte du port, tandis qu’un projet ferroviaire reliant Kribi à Édéa reste en préparation avec l’appui des partenaires chinois.
Pour les responsables de KCT, le recours à CHEC présente plusieurs avantages techniques et opérationnels. L’entreprise maîtrise déjà les caractéristiques du site, les infrastructures existantes et les contraintes d’exploitation du terminal. Cette continuité pourrait permettre de réduire les délais de réalisation tout en limitant les risques liés à l’exécution des travaux.
Cette nouvelle extension intervient alors que le terminal à conteneurs de Kribi connaît une croissance particulièrement soutenue. En un an, le trafic a progressé de 82 % pour atteindre près de 750 000 EVP, porté principalement par le développement du transbordement régional et l’arrivée régulière de navires Megamax opérés par les grands armateurs internationaux.
Dans les cercles économiques et logistiques d’Afrique centrale, plusieurs observateurs considèrent désormais Kribi comme l’un des projets portuaires les plus structurants de la sous-région. À terme, les autorités camerounaises ambitionnent de transformer la plateforme en véritable hub régional connecté aux futurs corridors routiers, ferroviaires, industriels et miniers destinés à desservir le Cameroun, le Tchad et la République centrafricaine.
Pour l’heure, les négociations se poursuivent entre KCT et CHEC. Mais au sein du complexe portuaire de Kribi, tout indique déjà que cette future extension constituera une nouvelle étape dans la stratégie de montée en puissance logistique et maritime du Cameroun sur la façade atlantique africaine.



