Le BTP gabonais accélère là où les hydrocarbures marquent le pas. Au premier trimestre 2026, son chiffre d’affaires a progressé de 134,8% sur un an, tandis que l’activité sectorielle gagnait 7,7% sur les trois premiers mois. Cette performance tranche avec le recul de 3,6% de l’indicateur composite des activités essentielles sur le trimestre, pénalisé notamment par les contre-performances du pétrole et du gaz.
Cette envolée prolonge le redressement spectaculaire observé fin 2025. Au quatrième trimestre, le BTP avait généré 123,4 milliards de FCFA de chiffre d’affaires, contre 76,2 milliards trois mois plus tôt, soit une progression de 61,8%. Sur l’ensemble de 2025, le secteur avait ainsi affiché une croissance de 13,8%, après un début d’exercice marqué par une contraction de 56,5%. Le mouvement traduit l’accélération des grands chantiers publics et la montée en charge des entreprises de construction.
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La dynamique ne repose toutefois plus sur un seul chantier. Après la livraison ou la finalisation de plusieurs ouvrages, dont le Palais des Congrès de la Cité de la Démocratie, les relais se déplacent vers les routes, les ouvrages d’art, les infrastructures énergétiques et les complexes administratifs. Le gouvernement prévoit d’ailleurs une progression de 78,5% de l’activité des BTP en 2026, après 7,7% en 2025, grâce notamment aux projets routiers et immobiliers.
Pour les entreprises, le marché change d’échelle. Les travaux du Boulevard de la Transition, des axes Ovan-Makokou et Ntoum-Cocobeach, de l’échangeur du Camp de Gaulle ou encore les réhabilitations de voiries urbaines alimentent un carnet de commandes auquel s’ajoutent des projets immobiliers et énergétiques. La stratégie d’endettement de l’État identifie également plusieurs programmes d’infrastructures susceptibles de soutenir durablement la commande adressée au secteur.
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Mais cette croissance a son revers : elle reste fortement dépendante de la capacité de l’État à financer et régler ses marchés. Libreville a lancé en juin un audit de ses passifs exigibles afin d’établir une photographie plus fiable de sa dette. Moody’s a, de son côté, abaissé en juin sa perspective sur le Gabon de « stable » à « négative », tout en maintenant sa note à Caa2, invoquant des besoins de financement élevés et un accès contraint aux marchés.
Le BTP se retrouve ainsi au cœur d’un arbitrage stratégique. Avec des investissements annoncés massifs dans les infrastructures, le secteur peut devenir un véritable moteur de diversification et offrir davantage d’espace aux entreprises locales. Mais sa pérennité dépendra de la régularité des paiements publics, de la maîtrise de la dette et de la capacité de Libreville à sécuriser de nouveaux financements. La négociation avec le FMI et les résultats de l’audit de la dette seront donc déterminants pour transformer le boom actuel des chantiers en croissance durable.
Sorelle Ninguem



