À Malabo, les péages routiers changent de dimension : de simples points de passage, ils deviennent un levier de mobilisation des recettes publiques. Le 13 août, le vice-président Nguema Obiang Mangue a réuni le gouvernement et la portugaise Exclusivkey autour de la modernisation du réseau national. Au cœur des discussions : une solution capable d’automatiser les paiements, de mieux contrôler les flux et, à terme, de rapprocher les recettes du potentiel réel des 16 stations.
L’enjeu est d’abord financier. Les péages génèrent actuellement environ 2 milliards de FCFA par an, selon les chiffres communiqués par le vice-président. Or, leur potentiel est évalué à au moins 3 milliards de FCFA. Le différentiel, proche d’un milliard de FCFA, constitue autant un manque à gagner théorique qu’un indicateur des marges de progression du dispositif. Pour les autorités, la priorité consiste désormais à rendre chaque encaissement traçable et vérifiable.
Lire aussi : GUINÉE ÉQUATORIALE – ENTREPRISES PUBLIQUES : Malabo ouvre la voie aux privatisations après une série de scandales
C’est précisément sur ce terrain qu’Exclusivkey entend intervenir. L’entreprise doit contribuer à remplacer progressivement le fonctionnement dominé par les paiements en espèces par des mécanismes automatisés, capables d’enregistrer les passages et les transactions et de produire des données fiables pour chaque station. L’objectif est de mieux rapprocher le trafic constaté des recettes collectées et de limiter les erreurs ou les déperditions.
Cette volonté de reprise en main n’est pas nouvelle. En mai 2026, l’exécutif avait déjà demandé un état détaillé des revenus générés par l’ensemble des péages et relevé les faiblesses liées au fonctionnement manuel. La digitalisation apparaît ainsi comme un prolongement des efforts engagés pour renforcer le contrôle des recettes non pétrolières et améliorer la centralisation des ressources publiques.
Lire aussi : GUINÉE ÉQUATORIALE : Une société nationale des mines pour préparer l’après-pétrole
Le chantier dépassera toutefois le seul volet technologique. Les autorités envisagent également la rénovation des stations, l’installation de nouvelles barrières, la réorganisation de certaines voies, l’amélioration de l’éclairage et la mise à niveau de la signalétique. Pour Exclusivkey, le projet ne se limite donc pas à fournir une solution de paiement : il associe équipements, contrôle des véhicules, gestion des flux, circulation et exploitation des données.
À terme, le gouvernement veut disposer d’un système permettant de comparer les données de trafic et de paiement aux recettes déclarées. Une telle architecture offrirait à l’État un outil supplémentaire pour identifier les écarts, sécuriser les encaissements et mesurer plus précisément la performance de chaque péage.
Lire aussi : GUINÉE ÉQUATORIALE : Malabo prépare une nouvelle hausse des taxes sur l’alcool et le tabac
Reste désormais à transformer cette ambition en résultats. Les autorités doivent notamment établir les recettes générées au cours des cinq dernières années et examiner les propositions des entreprises spécialisées. Pour Exclusivkey, l’enjeu sera donc de démontrer que la modernisation peut contribuer à rapprocher les recettes annuelles du réseau de leur potentiel : passer d’environ 2 à au moins 3 milliards de FCFA, tout en rendant la collecte plus transparente et le passage plus fluide.
Sorelle Ninguem



