La Guinée équatoriale engage une nouvelle réforme fiscale destinée à encadrer davantage les secteurs de l’alcool et du tabac. À Malabo, les autorités envisagent une hausse des taxes appliquées à ces produits, dans une double perspective : limiter les effets de leur consommation excessive sur la santé publique et mobiliser davantage de ressources internes dans un contexte marqué par la baisse des revenus pétroliers.
Cette orientation a été examinée le 13 juillet 2026 lors d’une réunion de coordination présidée par le Premier ministre Manuel Osa Nsue Nsua. Le gouvernement estime que la consommation abusive d’alcool et de tabac constitue un facteur aggravant de plusieurs pathologies, notamment les maladies cardiovasculaires, respiratoires et certains cancers. La fiscalité est ainsi envisagée comme un outil de prévention, mais également comme un levier de politique publique.
Dans un pays de près de 1,9 million d’habitants, la consommation de bière atteint environ 56,5 litres par personne chaque année. Une réalité qui place Malabo face à un double défi : préserver l’activité économique générée par les industries concernées tout en réduisant les risques sanitaires associés à ces produits. Selon une étude publiée en septembre 2025 par Atlasocio, la Guinée équatoriale figurait parmi les pays africains ayant les niveaux de consommation d’alcool les plus élevés, avec 6,56 litres d’alcool pur par habitant de plus de 15 ans en 2020.
Le gouvernement n’a pas encore dévoilé l’ampleur de cette nouvelle augmentation fiscale. Toutefois, cette mesure s’inscrit dans la continuité des réformes adoptées en décembre 2025. Celles-ci avaient déjà renforcé la taxation du secteur, avec une taxe de production de la bière fixée à 2 millions de FCFA et une taxe de 1,5 million de FCFA appliquée au traitement, à la manipulation et à la transformation du tabac. Les débits de boissons restent également soumis à des redevances annuelles, notamment 90 000 FCFA pour certains établissements et entre 9 000 et 36 000 FCFA pour les bars selon leur catégorie.
Cette évolution intervient alors que l’industrie brassicole locale affiche une forte progression. Au premier trimestre 2026, les brasseries du pays ont produit 120 767 hectolitres de bière, contre 10 800 hectolitres sur la même période un an auparavant. Les ventes ont atteint 6,7 milliards de FCFA, en hausse de 6,3 %, tandis que les importations de bière ont reculé, passant de 31 849,2 tonnes à 24 906,5 tonnes. Ces performances traduisent la montée en puissance de la production locale et la consolidation des acteurs implantés sur le marché national.
Au-delà de la santé publique, la réforme répond à un impératif budgétaire. La Guinée équatoriale cherche à diversifier ses sources de revenus alors que son économie demeure fortement dépendante des hydrocarbures. À fin mars 2026, les recettes issues du pétrole ont chuté de 53,5 % sur un an, pour atteindre 164,9 milliards de FCFA. L’élargissement de l’assiette fiscale devient donc un enjeu stratégique pour renforcer les ressources de l’État.
Pour les entreprises du secteur, cette nouvelle fiscalité pourrait toutefois entraîner une hausse des coûts de production et influencer les prix de vente. Le principal acteur concerné reste la Sociedad Ecuatoguineana de Bebidas (Soeguibe), filiale locale du groupe Castel, qui domine le marché brassicole national avec environ 80 % des parts. L’entreprise aurait produit près de 70 millions de bouteilles en 2024, un niveau record depuis son implantation en 2004.
À travers cette réforme, Malabo cherche ainsi à trouver un équilibre entre attractivité économique, protection des populations et consolidation des finances publiques. Alors que plusieurs pays africains renforcent leurs taxes sur les produits considérés comme nocifs, la Guinée équatoriale s’inscrit dans une tendance continentale visant à faire de la fiscalité un instrument au service du développement durable et de la diversification économique.
Sorelle Ninguem



