La Guinée équatoriale s’attaque à un dossier devenu sensible : celui de ses entreprises publiques. Lors du septième Conseil d’administration ordinaire de l’exercice 2026, tenu le 29 juillet sous la présidence du ministre des Finances, du Budget et de la Planification nationale, Iván Bacale Ebe Molina, les autorités ont évoqué la possibilité de privatiser les actifs considérés comme non stratégiques ou non rentables. L’objectif affiché est de rendre ces structures plus efficaces, d’améliorer leur gouvernance et de renforcer leur viabilité financière.
Cette réflexion intervient après le lancement, en mars 2026, d’un audit portant sur 27 entreprises et entités à participation de l’État. Malabo prévoit d’y consacrer environ 700 millions de FCFA afin d’obtenir un état précis de leur comptabilité, de leurs finances, de leur gestion et de leurs plans d’affaires. La première sélection comprend notamment Sonagas, Gepetrol Servicios, Segesa, Getesa, Gecotel, Ortel, Gitge, Ceiba Intercontinental, Ceiba Aeropuertos, le Centre médical La Paz, Unge et plusieurs établissements hôteliers.
Le diagnostic intervient sur fond de dysfonctionnements parfois spectaculaires. En 2025, les autorités avaient notamment relevé l’incapacité de Getesa à présenter certains justificatifs bancaires liés à son capital social, ainsi que l’absence de licence ministérielle d’exploitation. Plus récemment, Gepetrol Servicios a fait l’objet d’une enquête de la Gendarmerie nationale portant sur plus de 3,7 milliards de FCFA de dettes fiscales et de fonds présumés détournés. Le rapport officiel évoque également cinq véhicules qui auraient été détournés avant d’être récupérés.
Pour Malabo, le problème dépasse donc la seule rentabilité. Il s’agit de déterminer quelles entreprises peuvent encore constituer des actifs économiques et lesquelles pèsent davantage sur les finances publiques qu’elles ne génèrent de revenus. Le gouvernement cherche notamment à développer les recettes non pétrolières, dans une économie où la diversification demeure un enjeu majeur. La Banque africaine de développement recommande elle aussi à la Guinée équatoriale de renforcer sa gouvernance financière, d’améliorer le climat des affaires et de recourir davantage aux concessions et aux partenariats public-privé pour financer et gérer certaines infrastructures.
L’éventuelle ouverture au privé concerne plusieurs secteurs structurants. Dans l’énergie, Gepetrol, Sonagas et Segesa figurent dans le périmètre de l’audit. Les télécommunications regroupent Getesa, Gecotel, Ortel et Gitge, tandis que le transport aérien est représenté par Ceiba Intercontinental et Ceiba Aeropuertos. La question sera désormais de savoir quels actifs seront effectivement proposés à des investisseurs et selon quelles modalités. À ce stade, Malabo n’a communiqué ni liste de repreneurs ni calendrier de cession.
Pour les entreprises concernées, l’audit constitue ainsi davantage qu’une opération comptable : il pourrait déterminer leur avenir capitalistique. Pour l’État, la privatisation éventuelle doit permettre de réduire les charges, attirer des capitaux et rendre certains actifs plus productifs. Mais le succès de cette réforme dépendra de la transparence des évaluations, du choix des investisseurs et de la capacité de Malabo à préserver les activités jugées stratégiques. La première étape reste donc l’établissement d’un diagnostic fiable des 27 entités passées au crible.
Sorelle Ninguem



