Le rachat de la Sosucam ne raconte pas seulement le retrait d’un groupe français d’un actif historique. Il met en scène une nouvelle génération de décideurs camerounais réunis autour d’un même projet industriel. Avocat d’affaires, cheffe d’entreprise, financier, ingénieur et expert-comptable, les cinq membres du consortium présentent des parcours différents, mais complémentaires. Leur mission dépasse largement la reprise d’une société : ils doivent remettre sur les rails une filière stratégique pour la sécurité alimentaire et l’industrie du Cameroun.
À la tête du consortium figure Joseph Pagop Noupoué, avocat d’affaires reconnu et président du conseil d’administration de Savannah Energy Plc. Habitué aux opérations complexes de gouvernance, aux négociations internationales et aux grands projets d’investissement, il apporte une expertise juridique et stratégique précieuse pour piloter une entreprise appelée à mobiliser d’importants financements et à dialoguer avec l’État, actionnaire minoritaire de la Sosucam. Son rôle sera aussi de fédérer les intérêts des différents investisseurs autour d’une vision commune.
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Autre figure de premier plan, Henriette Noutchougouin, dirigeante du groupe NJS, est l’une des entrepreneures les plus influentes d’Afrique centrale. Son expérience dans l’agro-industrie, notamment dans l’aviculture et l’alimentation animale, lui confère une connaissance des chaînes d’approvisionnement, de la transformation et de la distribution. Dans un secteur où la maîtrise des coûts et des volumes est essentielle, cette expérience constitue un atout pour améliorer les performances opérationnelles de la Sosucam.
Le troisième pilier est William Nkontchou, banquier d’affaires et cofondateur d’Africa Financial Institutions Investment Platform (AFIIP). Spécialiste des levées de capitaux et du financement des entreprises, il sera attendu sur la capacité du consortium à structurer les investissements annoncés de 137,7 milliards de FCFA et à attirer, si nécessaire, de nouveaux partenaires financiers. Dans une entreprise en quête de rentabilité, la discipline financière sera aussi déterminante que les performances industrielles.
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Le consortium compte également sur Igor Djoukwé, ingénieur spécialisé dans les systèmes de production sucrière et ancien cadre de la Compagnie sucrière sénégalaise. Contrairement aux autres investisseurs, il apporte une expertise directement liée au cœur de métier de la Sosucam. Son expérience des procédés industriels, des plantations et de l’optimisation des rendements sera déterminante pour moderniser les sites de Mbandjock et de Nkoteng et accroître la productivité de la filière. À ses côtés, Marcel Tchagongom, ancien associé principal d’EY Cameroun et expert-comptable, incarne l’exigence de gouvernance, de contrôle financier et de gestion des risques, autant de leviers indispensables pour restaurer la confiance des partenaires et des créanciers.
Le véritable pari de cette reprise réside donc moins dans les personnalités que dans leur complémentarité. Gouvernance, finance, industrie, agroalimentaire et gestion se retrouvent réunies autour d’un même projet. Si cette alliance parvient à transformer une entreprise déficitaire en un champion agro-industriel capable de répondre aux besoins du marché national, elle constituera un précédent majeur pour le capital privé camerounais. À l’inverse, un échec fragiliserait l’idée selon laquelle les investisseurs nationaux peuvent reprendre et développer les grands actifs industriels du pays. Plus qu’un consortium, ces cinq entrepreneurs portent désormais une responsabilité collective : celle de redonner au sucre camerounais un avenir durable.
Amelie Yandal



