L’acquisition de la Société sucrière du Cameroun (Sosucam) par cinq investisseurs camerounais dépasse largement le cadre d’une opération de reprise d’entreprise. Elle relance un objectif poursuivi depuis plusieurs années par les pouvoirs publics : rapprocher la production nationale de sucre des besoins d’un marché en constante expansion. Car si le changement d’actionnaires est historique, l’autosuffisance sucrière, elle, reste encore à construire.
Le défi est d’abord agricole. Le Cameroun consomme chaque année près de 400 000 tonnes de sucre, tandis que la Sosucam, premier producteur du pays, n’en fournit qu’environ 86 000 tonnes. Ce déficit structurel oblige régulièrement les autorités à autoriser des importations de sucre pour alimenter le marché national et limiter les tensions sur les prix. Réduire cet écart suppose bien davantage qu’une amélioration des performances industrielles : il faudra accroître durablement la production de canne à sucre, améliorer les rendements agricoles et sécuriser les approvisionnements des usines.
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C’est dans cette perspective que s’inscrit le programme d’investissement de 137,7 milliards de FCFA annoncé par les nouveaux actionnaires. Une partie importante de cette enveloppe sera consacrée au développement de l’irrigation, au renouvellement des plantations et à la modernisation des équipements industriels. L’objectif est de créer une chaîne de valeur plus performante, où les gains de productivité dans les champs alimentent directement les capacités de transformation des usines de Mbandjock et de Nkoteng. Car dans la filière sucrière, la compétitivité dépend autant de la qualité de la récolte que de l’efficacité des installations industrielles.
Mais produire davantage ne suffira pas. Les nouveaux propriétaires devront également faire face à une concurrence persistante des importations de régulation et des circuits frauduleux, qui exercent une pression sur les prix du sucre local. À cela s’ajoutent la hausse des coûts de transport, les exigences de maintenance des infrastructures et les effets du changement climatique sur les rendements agricoles. Autant de facteurs qui montrent que la souveraineté sucrière ne dépend pas uniquement des investissements, mais aussi d’un environnement économique et réglementaire favorable à la production nationale.
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L’autosuffisance passe également par la préservation du capital humain. Avec près de 6 000 emplois directs et indirects, la Sosucam demeure le principal moteur économique de Mbandjock et de Nkoteng. Les salariés, les planteurs partenaires, les transporteurs et les sous-traitants constituent des maillons essentiels de la filière. Toute stratégie de montée en puissance devra donc associer modernisation industrielle, amélioration des pratiques agricoles et maintien d’un climat social propice à la production.
En réalité, le rachat de la Sosucam ne garantit pas à lui seul l’autosuffisance en sucre. Il offre surtout l’opportunité de repenser l’ensemble de la filière, depuis les plantations jusqu’à la distribution. Les prochaines années diront si le consortium camerounais parvient à transformer cet investissement en un véritable levier de souveraineté alimentaire. Pour la nouvelle équipe dirigeante, le défi n’est pas seulement de produire plus de sucre, mais de bâtir un modèle agricole et industriel capable de répondre durablement à la demande nationale tout en renforçant la compétitivité de la filière.
Amélie Yandal



