Le calendrier commercial américain se précise, mais la porte reste fermée au Cameroun. Le 8 août, le Sénat des États-Unis a approuvé par 90 voix contre 6 une prolongation de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) jusqu’au 31 décembre 2028. Le texte, qui doit encore obtenir l’aval de la Chambre des représentants avant une éventuelle promulgation par Donald Trump, offrirait deux années supplémentaires de visibilité aux pays africains éligibles.
Pour les entreprises concernées, l’enjeu est considérable : l’AGOA permet aux pays bénéficiaires d’exporter vers le marché américain plus de 1 800 catégories de produits sans droits de douane, en complément de plus de 5 000 produits couverts par le régime généralisé de préférences. Le dispositif concerne actuellement 32 pays d’Afrique subsaharienne. Sa prolongation jusqu’en 2028 préserverait notamment les avantages accordés à certaines filières textiles et à l’habillement.
Le Cameroun, lui, reste sur le quai. L’Office of the United States Trade Representative (USTR) indique toujours que le pays « n’est pas éligible à l’AGOA cette année ». Cette situation remonte au 1er janvier 2020, après la décision de Washington de retirer au Cameroun son accès préférentiel, invoquant de graves violations persistantes des droits humains, notamment des exécutions extrajudiciaires, des détentions arbitraires et des actes de torture attribués aux forces de sécurité.
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La prolongation américaine ne signifierait donc pas automatiquement la réintégration de Yaoundé. Le régime reste conditionné au respect de critères d’éligibilité fixés par la législation américaine. En mai 2026, la Maison-Blanche a rappelé que le président peut désigner un pays comme bénéficiaire s’il satisfait aux exigences de l’AGOA et retirer cette qualité lorsqu’il n’accomplit pas de progrès continus dans le respect de ces critères.
Le dossier pourrait toutefois revenir au premier plan des relations économiques bilatérales. Un dialogue économique stratégique Cameroun–États-Unis est annoncé pour le 27 août 2026. Les discussions doivent porter sur l’amélioration du climat des affaires, les opportunités commerciales et d’investissement et la coopération avec le secteur privé. Le retour du Cameroun dans l’AGOA figure parmi les sujets attendus de ces échanges.
L’enjeu se mesure aussi à l’aune des échanges actuels. En 2025, les importations américaines de biens camerounais ont atteint 287,7 millions de dollars, en hausse de 16,4 %, soit 40,6 millions de dollars supplémentaires sur un an. Dans l’autre sens, les exportations américaines vers le Cameroun se sont établies à 169,3 millions de dollars, en baisse de 9,8 %. Le commerce de biens bilatéral a ainsi représenté 457,1 millions de dollars, tandis que le déficit américain vis-à-vis du Cameroun atteignait 118,4 millions.
Les services ajoutent une autre dimension à cette relation. En 2024, les échanges de services entre les deux pays avaient totalisé environ 260 millions de dollars : 186 millions de dollars d’exportations américaines vers le Cameroun et 74 millions de dollars d’importations américaines en provenance du Cameroun. Le surplus américain sur les services atteignait ainsi 112 millions de dollars, en progression de 69,7 % sur un an.
Pour les exportateurs camerounais, l’enjeu dépasse donc la seule réactivation d’un avantage douanier. Une réintégration permettrait de renforcer la compétitivité de certaines productions sur le marché américain et de donner davantage de visibilité aux entreprises susceptibles d’y développer leurs ventes. Mais, à ce stade, le Cameroun doit encore franchir le préalable politique et réglementaire posé par Washington. Alors que 32 pays pourraient bénéficier d’une nouvelle visibilité jusqu’en 2028, les entreprises camerounaises restent, elles, à l’extérieur du dispositif.
Tressy Chouente



