Oumarou Hamandjoda, tout premier DG de la Socadel (ex-ENEO)
Dans les bureaux feutrés où se décide l’avenir électrique du Cameroun, les changements de gouvernance ne sont jamais de simples nominations. Ils traduisent des réajustements d’équilibres, parfois discrets, souvent déterminants. L’arrivée d’Oumarou Hamandjoda à la tête de la Socadel s’inscrit dans cette logique de recomposition silencieuse mais structurante d’un secteur sous tension permanente.
Le 5 mai 2026, à Yaoundé, l’État officialise la transformation de l’ancien opérateur privé en société publique intégrée. La Socadel hérite d’un système électrique marqué par une capacité de production nationale estimée à environ 1 500 MW face à une demande qui dépasse régulièrement les 1 800 MW en période de pointe, selon les données croisées des autorités sectorielles et des analyses de la Banque mondiale. Ce déséquilibre chronique alimente depuis des années les délestages dans les grandes villes industrielles du pays.
C’est dans ce contexte qu’émerge la figure d’Oumarou Hamandjoda. Ingénieur de formation, spécialisé dans les infrastructures hydroélectriques, il appartient à cette génération de technocrates qui ont accompagné les différentes mutations du secteur depuis les premières vagues de réformes. Son parcours s’est construit dans l’ombre des grandes décisions, au sein des structures techniques où se gèrent les arbitrages entre production, distribution et contraintes financières.
Avant sa nomination, il a occupé plusieurs fonctions opérationnelles dans l’écosystème électrique national, où il a contribué à la supervision de projets liés à l’exploitation des barrages et à l’optimisation des réseaux interconnectés. Cette expérience lui confère une connaissance fine des limites structurelles du système, notamment la dépendance à l’hydroélectricité, qui représente près de 70 % du mix énergétique national, exposant le pays aux variations climatiques et hydrologiques.
La création de la Socadel marque un tournant politique assumé : celui d’un retour de l’État dans un secteur considéré comme stratégique pour l’industrialisation. Les autorités misent sur une restructuration profonde visant à réduire les pertes techniques et commerciales, estimées entre 20 % et 25 % de l’énergie produite, selon les rapports sectoriels récents. L’objectif affiché est double : sécuriser l’approvisionnement des zones industrielles et améliorer l’accès à l’électricité dans les zones urbaines en expansion rapide.
Dans cette architecture en reconstruction, Oumarou Hamandjoda apparaît comme un profil de continuité technique plus que de rupture. Sa nomination traduit une volonté de privilégier une expertise interne du système plutôt qu’une gestion importée ou strictement managériale. Un choix qui s’inscrit dans une tradition administrative camerounaise où les grandes entreprises publiques restent souvent confiées à des ingénieurs issus du sérail.
Mais la tâche qui l’attend dépasse la seule maîtrise technique. Elle engage une capacité à transformer un appareil structurellement contraint en outil de performance économique. L’électricité, dans un pays où l’industrialisation dépend encore fortement de la régularité de la fourniture énergétique, reste un indicateur direct de compétitivité.
Dans les mois à venir, la Socadel sera observée à travers sa capacité à réduire les coupures, stabiliser les investissements et améliorer la qualité du service. Pour Oumarou Hamandjoda, l’enjeu est autant technique que symbolique : il s’agit de démontrer que la renationalisation ne signifie pas seulement un changement de statut juridique, mais une capacité réelle de transformation d’un secteur vital pour l’économie camerounaise.



