(LVDE) — À Kinshasa, les autorités monétaires d’Afrique centrale franchissent un nouveau cap dans le rapprochement de leurs dispositifs de régulation. La Banque Centrale du Congo (BCC) et la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) ont officialisé, le 28 février 2026, un protocole d’accord destiné à renforcer leurs échanges techniques et à harmoniser certaines pratiques prudentielles. Une initiative qui s’inscrit dans une dynamique d’intégration financière progressive entre espaces monétaires voisins.
La cérémonie s’est tenue dans la capitale congolaise, en marge des travaux des gouverneurs des banques centrales d’Afrique centrale. Paraphé par André Wameso pour la BCC et Yvon Sana Bangui pour la BEAC, l’accord fixe un cadre structuré de coopération couvrant plusieurs chantiers stratégiques. L’objectif affiché est de consolider la stabilité financière dans une sous-région exposée aux chocs extérieurs, aux risques numériques et aux pressions sur les équilibres macroéconomiques.
Le partenariat porte notamment sur la supervision bancaire, la modernisation des systèmes de paiement, la sécurisation des transactions transfrontalières, ainsi que la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Les deux institutions entendent également intensifier leurs échanges en matière de cybersécurité et d’inclusion financière, à l’heure où la digitalisation des services financiers s’accélère en Afrique centrale. Selon les données de la Banque mondiale, le taux d’inclusion financière en Afrique subsaharienne avoisinait 55 % en 2022, mais demeure contrasté entre pays et zones monétaires.
Au-delà de la dimension technique, cet accord reflète une volonté de convergence graduelle entre la République démocratique du Congo, qui dispose de sa propre monnaie, et la zone CEMAC, dont la BEAC assure l’émission monétaire pour six États membres. Les systèmes de paiement constituent un levier prioritaire : d’après la Banque des règlements internationaux, l’interopérabilité et la sécurité des infrastructures financières sont devenues des piliers de la résilience économique régionale.
L’annonce intervient au lendemain de la réunion des gouverneurs des banques centrales d’Afrique centrale, organisée sous l’égide de la BCC. Les discussions ont porté sur la convergence macroéconomique, la coordination des politiques monétaires et le suivi des critères de stabilité. Dans un environnement marqué par la volatilité des cours des matières premières et les tensions géopolitiques mondiales, la coopération institutionnelle apparaît comme un outil de prévention des risques systémiques.
Pour les observateurs, ce rapprochement traduit une évolution pragmatique : l’intégration financière passe souvent par l’harmonisation des normes prudentielles, le partage d’expertise et la sécurisation des flux avant d’aboutir à des décisions politiques d’ampleur. En consolidant leurs passerelles opérationnelles, la BCC et la BEAC cherchent ainsi à réduire les vulnérabilités des circuits financiers et à faciliter les échanges économiques dans une région où les interdépendances sont croissantes.
Tressy Chouente



