Dans la capitale camerounaise, Yaoundé, les 23 et 24 avril 2026, la justice transitionnelle a été au cœur d’un important rendez-vous sous-régional. La cérémonie de clôture, présidée le 24 avril par Jean de Dieu Momo, ministre délégué auprès du ministre de la Justice du Cameroun, en présence de Nouhoum Sangaré, représentant régional du HCDH, a marqué la fin de deux jours de travaux consacrés à l’évaluation des mécanismes de paix, de vérité et de réparation en Afrique centrale.
Les échanges ont permis de dresser un état des lieux des avancées dans plusieurs pays de la sous-région. Au Tchad, l’adoption d’une stratégie nationale de réconciliation et de consolidation de la paix ainsi que l’élaboration d’un avant-projet de loi portant création d’une Commission Vérité, Pardon, Réparation et Réconciliation témoignent d’une volonté institutionnelle de structurer la justice transitionnelle. Des consultations locales ont également intégré les femmes et les jeunes dans les mécanismes communautaires de gestion des conflits et d’alerte précoce.
En République démocratique du Congo, le processus s’est consolidé avec la création de la Commission provinciale Vérité et Réconciliation du Kasaï Central en 2021, l’adoption en 2025 d’une politique nationale de justice transitionnelle et la mise en place de dispositifs de réparation tels que le FONAREV et la CIAVAR. Ces mécanismes visent à répondre aux violations graves des droits humains par des approches combinant justice, indemnisation et réhabilitation.
La République centrafricaine a, pour sa part, avancé avec la création de la Cour pénale spéciale en 2015, opérationnelle depuis 2017, et la mise en place d’une Commission Vérité, Justice, Réparations et Réconciliation en 2020. La participation des femmes et des jeunes y est intégrée, y compris dans les fonctions de commissaires et dans les processus d’élaboration des politiques de réconciliation.
Au Cameroun, la dynamique repose notamment sur le Grand Dialogue National tenu entre septembre et octobre 2019 pour répondre à la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Il a conduit à la création de mécanismes de suivi, à un plan présidentiel de reconstruction des zones affectées, à des programmes de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR), ainsi qu’à des mesures judiciaires incluant libérations, remises de peines et réparations. Des institutions telles que la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme ont également été mises en place.
La consultation de Yaoundé a permis d’évaluer l’application de la politique de l’Union africaine en matière de justice transitionnelle. Plusieurs principes sont jugés essentiels : le leadership national et local, l’appropriation des processus par les États, la participation des victimes, la réparation à la fois judiciaire, administrative, matérielle et symbolique, ainsi que l’indépendance des commissions. L’accent a aussi été mis sur la documentation des violations, la publication des rapports, la mise en œuvre des recommandations et la garantie de non-répétition.
Toutefois, des défis majeurs ont été relevés. Les participants ont évoqué la faiblesse des moyens financiers et humains des commissions vérité, leur forte dépendance aux bailleurs de fonds, les risques d’ingérence politique dans leur fonctionnement, ainsi que la faible appropriation locale des processus. Les attentes élevées des victimes, les difficultés de coordination entre justice transitionnelle et justice pénale, ainsi que le manque de volonté politique dans certains contextes constituent également des obstacles importants.
Au terme des travaux, les participants ont insisté sur la nécessité de renforcer les capacités locales, d’améliorer la coopération régionale et de structurer un plan d’action commun afin de rendre les mécanismes de justice transitionnelle plus efficaces et plus cohérents dans l’ensemble de l’Afrique centrale.



